En 1837, la prétendue découverte d’un symbole templier à Rosslyn a rapidement été contestée par des spécialistes qui y voyaient une pure invention du XIXe siècle, sans fondement médiéval. Pourtant, ce faux a semé le doute dans plusieurs ouvrages historiques pendant plus d’un siècle.
Les armoiries attribuées aux Templiers n’ont jamais bénéficié d’un consensus strict, oscillant entre réinterprétations modernes et rares mentions authentiques dans les manuscrits d’époque. Cette confusion a nourri des revendications identitaires jusqu’à influencer la perception de lignées entières, bien après la dissolution de l’ordre.
Le canular de Rosslyn et la fascination pour les armoiries templières : retour sur une histoire entre mythe et réalité
La croix des Templiers, qu’elle soit pattée, rouge ou blanche, traverse les siècles en portant l’empreinte de l’Ordre du Temple. Mais derrière cette image tenace, l’histoire réelle des symboles templiers s’est souvent retrouvée brouillée par des récits où l’imagination prend le pas sur la preuve. L’épisode du canular de Rosslyn en Écosse, au XIXe siècle, n’en est qu’un exemple frappant : des auteurs passionnés annoncent la découverte de marques templières dans la pierre, mais s’abstiennent de fournir le moindre document d’époque. Face à ces affirmations, les chercheurs se sont lancés dans une chasse aux archives, explorant les bibliothèques à Paris, en France, et dans toute l’Europe, pour dénicher un indice tangible. Rien ne viendra étayer ces récits, sinon un écho persistant de doutes et une fascination qui ne faiblit pas.
Face à ces incertitudes, la diversité des croix portées par les Templiers a entretenu le trouble. Voici un aperçu des variantes recensées au fil des travaux historiques :
- la croix pattée,
- la croix rouge sur fond blanc,
- la croix noire des Templiers,
- parfois la croix à branches égales.
Le fameux gonfanon Baucent, cette bannière mi-noire mi-blanche, complète la panoplie héraldique de l’ordre. Or, la documentation médiévale reste, elle, d’une grande discrétion : les rares preuves apparaissent dans quelques registres préservés à la bibliothèque nationale de France, dans les inventaires de la commanderie de Coulommiers ou dans les archives de l’église Notre-Dame-des-Champs à Paris. Ici, point de croix de Malte ni de croix noire d’Hospitalier : les formes sont sobres, codifiées, et très éloignées des interprétations contemporaines ornées à l’excès.
L’Europe médiévale voyait circuler une multitude de symboles, chaque ordre monastique ou militaire se forgeant son identité visuelle. Les Hospitaliers de Saint-Jean affichaient la croix de Malte et la croix noire, les Bénédictins optaient pour le bure, vêtement sans ornement. Les Templiers, quant à eux, privilégiaient la rigueur : croix rouge, parfois blanche, sans surcharge. Ces règles strictes constituent aujourd’hui le meilleur repère pour distinguer l’authentique de l’invention. Les faux, qu’ils émergent de Rosslyn ou d’ailleurs, révèlent souvent leur caractère moderne par des maladresses stylistiques ou des ajouts anachroniques.
Cette fascination pour les armoiries templières s’enracine dans cette ambiguïté constante. Des collections privées aux musées, de Metz au musée de Cluny, la curiosité européenne continue de scruter ces symboles, oscillant inlassablement entre mythe et archives, entre idéalisation et enquête rigoureuse.

Quels indices permettent de distinguer un symbole templier authentique d’une création moderne ? Analyse des codes, évolutions et enjeux identitaires
Pour reconnaître une croix templière authentique, il faut d’abord se référer à des codes précis. La croix pattée, rouge sur fond blanc, reste le signe le plus emblématique de l’Ordre du Temple, parfois accompagnée d’une croix à branches égales. Ces emblèmes restent épurés : nulle fioriture, aucune arabesque. Le gonfanon Baucent, bannière noire et blanche, s’inscrit lui aussi dans cette tradition de sobriété. Si vous croisez une croix noire, une croix à huit pointes ou des ornements complexes, vous êtes probablement face à une influence des Hospitaliers de Saint-Jean ou de l’ordre de Malte plutôt qu’à une tradition templière avérée.
La devise « Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam » apparaît sur certains sceaux et manuscrits médiévaux. C’est un indice réel. À l’inverse, toute utilisation du chiffre Pigpen ou du chiffre Rose-Croix relève d’une invention tardive, sans racine dans l’histoire templière. On retrouve ces motifs sur des bijoux ou des tatouages contemporains, preuve d’une réappropriation moderne plus fantaisiste que fidèle.
Le contexte joue un rôle déterminant. Un symbole présenté comme templier doit pouvoir être relié à une commanderie, à une église, ou à des manuscrits conservés à Paris, à la British Library ou dans d’autres institutions publiques européennes. Sa provenance, sa datation, le choix des matériaux : autant d’éléments à examiner pour lever le doute.
Pour faciliter la comparaison, voici un tableau synthétique :
| Symbole | Authenticité | Origine |
|---|---|---|
| Croix pattée rouge | Authentique | Ordre du Temple |
| Croix à huit pointes | Moderne / Hospitaliers | Ordre de Malte |
| Chiffre Pigpen | Invention récente | Rose-Croix, XVIIIe siècle |
La quête identitaire autour des Templiers pousse souvent à la création de symboles composites, où se mêlent vertus cardinales, allusions aux béatitudes et imagerie médiévale revisitée. Face à cette profusion, une règle prévaut : interrogez la source, le style, le contexte et la filiation pour trier l’archive du roman. À qui profite la légende ? Voilà une question qui, elle, n’a jamais fini de hanter le regard des passionnés.

