Série littéraire // « Au pied de la lettre » Ép 2

Notre nouvelle série littéraire : une fiction inédite publiée en plusieurs épisodes, une à deux fois par semaine. Des fragments de lecture à déguster comme une gourmandise et un feuilletonnage pour se délecter de l'attente du prochain épisode… La nouvelle "Au pied de la lettre" de Mélissa Bickelhaupt a pour sujet principal une femme qui s'ennuie dans son foyer et qui commence une correspondance avec un prisonnier... Épisode 2 à retrouver également sur Instagram et Facebook.

Cette nouvelle est issue de notre recueil de nouvelles « Saxifrages – Fictions carcérales » à commander ici.

 

 

Au pied de la lettre

Épisode 2

Une nouvelle de Mélissa Bickelhaupt

 

lire l’épisode 1

 

4 mai
J’ai enfin reçu un courrier de la délégation du Val-de-Marne qui m’écrit qu’un certain Marc Duchêne, prisonnier à Fresnes, souhaite correspondre avec moi. Le pli de ce dernier a d’ailleurs été glissé dans l’enveloppe. Je ne comprends pas pourquoi Mme Bouvier évoque dans ses quelques lignes mon « premier correspondant », car s’il y a une chose dont je suis sûre c’est que Marc est ma première fois. Je ne préfère pas le lui rappeler. Je crains en lui disant de la faire changer d’avis et qu’elle se sente obligée de m’attribuer un
détenu condamné à une peine plus courte. Je souhaite avoir le temps de tisser des liens avec lui. Bien sûr, je n’en ai pas parlé à Bruno.
La lettre de Marc est décevante. Fresnes, 24 avril. Je suis tombé par hasard sur une feuille où votre adresse était écrite. Elle donne l’impression qu’il se tourne vers moi comme il le ferait avec n’importe qui. Par dépit. Ce n’est jamais agréable de ne pas se sentir choisie. Heureusement, le style de Marc est clair, poli, sans faute. Les mots sont corrigés par quelqu’un d’autre sans doute, mais peu importe, c’est plus confortable pour le lecteur. Je rédige ma réponse immédiatement, contrairement à ce que pense mon nouveau correspondant qui m’écrit que mon temps doit être « extrêmement précieux ».
J’enverrai ma lettre plus tard pour lui donner raison.

 

 

10 mai
Une idée de génie m’est venue alors que je m’apprêtais à répondre à Marc. J’ai froissé la feuille de papier sur laquelle j’avais commencé à griffonner quelques phrases pour me présenter puis je suis redescendue. J’ai attendu ensuite que Bruno ait terminé son omelette accompagnée de ses trois verres de rouge, qu’il s’installe confortablement sur son fauteuil au milieu du salon devant l’émission Avis de recherche, pour m’éclipser dans notre chambre. Au-dessus de la penderie se trouve bien rangée dans deux gros cartons ma collection de cartes postales glanées au fil de nos rares escapades en famille. J’ai ouvert l’un d’eux et choisi une carte d’Espagne, de Fontarrabie précisément, datant d’au moins trois ans, la dernière fois que nous avons rendu visite à ma petite sœur Linda à Hendaye. J’ai rédigé quelques mots, expliquant à mon détenu, tout en demeurant assez évasive, que Mme Bouvier m’avait transmis ses coordonnées et que j’étais ravie de pouvoir échanger avec lui durant sa détention et pourquoi pas, lui envoyer un peu de soleil.
Dans une enveloppe sur laquelle j’ai noté l’adresse de Linda, j’ai accompagné le courrier d’un petit mot pour ma sœur, lui demandant de poster ma carte postale de la ville de Fontarrabie où elle serend chaque matin pour rejoindre le restaurant qui l’embauche.
La sachant peu curieuse, je savais qu’elle ne me demanderait aucune explication. À l’heure qu’il est, la carte doit être encore en train de voyager.

 

[à suivre]

 

Texte : Mélissa Bickelhaupt

Illustration : Carte postale Hendaye

Éditeur : Bancal Livre


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Revue Bancal - Auteur

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