Interview // Olga Boochi, photographe

Olga Boochi est écrivaine, poétesse et photographe. Les autoportraits qui prédominent dans son travail lui permettent d'explorer le monde à travers la solitude, les lieux déserts, les paysages naturels. Ses clichés noir et blanc sont empreints de mystère et de mélancolie. Un univers de l'insaisissable et de l'évanescence qui rappelle celui de l'écrivain Patrick Modiano de qui la photographe se sent très proche. Une artiste singulière à découvrir cette semaine !

Quelques mots pour décrire ton univers artistique ?
Je suis écrivaine, je me suis longtemps exprimée par les mots et la prose, avant de me tourner vers la photographie.
En littérature comme en photographie, j’essaie de révéler mon regard sur le monde pour capturer quelque chose d’insaisissable. J’appellerais cela une recherche constante de ce qui peut être désigné comme un « lieu de transition » – ces lieux où l’on peut sentir le souffle de l’éternité, du Cosmos à travers la vie quotidienne (où la routine et l’éternité se confondent). Je suis attirée par les lieux déserts, le vide, l’absence extérieure de sujet.

 

Je me souviens d’avoir un jour ressenti de la douleur face à la beauté du monde ; à cause de sa fugacité mais aussi parce je ne savais pas vraiment quoi en faire. L’impossibilité brutale de se l’approprier et de ralentir son départ, sa disparition.

 

La poésie et la photographie m’ont permis d’y remédier. J’essaie de transmettre la douleur et la beauté du monde entrelacées comme elles le sont en moi. J’explore le monde à travers la solitude ( j’ai besoin de solitude pour voir et entendre pleinement ce monde). C’est une des raisons de la prédominance des autoportraits dans mon travail (la plupart du temps, je suis mon seul modèle). Mais il ne s’agit pas de me replier sur moi-même (locking on yourself), c’est au contraire un moyen de communiquer avec le monde. « Peut-être que je ne suis pas intéressant, mais je suis la seule chose que je peux offrir au monde, et je veux lui offrir quelque chose », les mots du cinéaste Charlie Kaufman m’ont toujours guidée.

 

L’autoportrait aux lèvres rouges, ©Olga Boochi

 

 

Quel est ton parcours ?
J’écris depuis mon enfance, mais j’ai commencé à pratiquer sérieusement mon art assez tard, à presque trente ans. Avant cela, j’ai étudié à l’Université de médecine et travaillé comme infirmière.

J’ai commencé par la prose, puis la poésie et enfin la photographie. Je me suis d’abord passionnée par la photographie d’oiseaux puis suis venue progressivement à la photographie comme moyen d’expression artistique.

La photographie est devenue un prétexte pour m’étudier, un moyen d’accepter mon corps, ma corporalité, et aussi de transmettre des impressions en échappant au piège des mots.

 

Là où sont les oiseaux. Un vol, ©Olga Boochi

 

 

Quelles sont les œuvres ou les artistes qui t’ont le plus marquée ou influencée ?
Mes photographes préférés sont Sally Mann, Josef Sudek, Mario Giacomelli, Eliot Lee Hazel et Vivian Maier. Parmi mes compatriotes, il y a Masha Ivashintsova et Alexander Rodchenko.

 

Dans ma prime jeunesse, j’ai été fortement influencée par le cinéma d’auteur, en particulier par la trilogie Trois couleurs de Krzysztof Kieslowski, pour l’ambiance, la réalité des années 90 en Russie dans laquelle j’ai grandi – les rues étaient dévastées et misérables, mais il y avait un sentiment de liberté qui me manque maintenant.

 

Je peux citer aussi Cindy Sherman et sa série Untitled Film Stills. Celle-ci m’a donné l’impulsion nécessaire à mon propre travail et continue de m’inspirer.

 

Si on dépasse le cadre de la photographie, alors je peux dire que je me sens proche de Patrick Modiano, avec son attention à la topographie et au lieu, avec ses histoires, où l’intrigue est à peine esquissée, où les héros apparaissent et disparaissent sans laisser de trace, où les fils de l’intrigue se brisent (Souvenirs dormants, Accident nocturne, Dora Bruder, La Petite Bijou et bien d’autres).

 

J’aime beaucoup les œuvres du photographe nantais Dimitri Roubichou, ses photographies de « vie tranquille », de plantes et de roches minérales. Je partage sa vision du corps humain qu’il mêle avec le végétal et le minéral.

 

Dors, ©Olga Boochi

 

Quels sont tes projets ?
J’aimerais terminer quelques séries de photos et je travaille sur plusieurs livres.

Globalement, j’aimerais continuer à faire ce que je fais maintenant !

 

Sans pointe, ©Olga Boochi

 

Propos recueillis par Céline

 

Instagram @olgaboochi

Facebook : 

Publication (en russe exclusivement) : ici


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Revue Bancal - Auteur

Commentaires


  1. Belle personne dans ses écrits.
    Peut-être une souffrance dans la traduction
    Toujours un bonheur de lire ses lignes

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