Théâtre // Paradoxal

Au théâtre de Belleville jusqu'au 30 novembre, "Paradoxal", thriller scientifique sur les rêveurs lucides, ne cesse de brouiller les pistes, de semer le doute chez le spectateur et de l'interroger sur sa perception de la réalité. Une pièce étrange et fantastique qui ancre un récit de fiction dans un cadre scientifique réel, un spectacle-expérience qui bouscule les certitudes du spectateur et l'entraîne dans un voyage onirique vertigineux.

Je suis sûre que peu d’entre vous se sont levés ce matin avec la sensation d’avoir assez dormi. Aucun ne s’est dit : « je ne resterai pas une minute de plus dans mon lit », certains ont même eu cette absurde pensée : « vivement ce soir que je me couche ». C’est avec ces premières paroles que le comédien et metteur en scène Marien Tillet commence subtilement à manipuler, hypnotiser et préparer mentalement son public à vivre une expérience inédite. Tandis que le spectateur à qui on vient de rappeler son intense fatigue se retrouve dans un état de douce torpeur, le comédien continue de briser le 4e mur en nous incitant à quitter le théâtre pour une bonne bière, usant de ce qu’on nomme en psychologie « intervention paradoxale » pour contrer nos dernières résistances et mieux nous faire basculer, plonger dans la fiction, comme on glisse ou tombe dans un rêve.

 

Très didactique, la pièce s’appuie sur de solides connaissances scientifiques concernant le sommeil paradoxal et les rêves. S’adressant directement au public, le comédien interrompt régulièrement son récit pour définir les rêves lucides, décrire les mécanismes de la parasomnie ou donner quelques techniques pour devenir un rêveur lucide. Personnellement, la nuit qui a suivi a été pour moi particulièrement mouvementée, faite de cauchemars et d’une succession de faux-réveils… Visiblement, la pièce a parlé à mon inconscient !

 

La mise en scène ingénieuse, les effets lumineux et sonores, le décor – un bureau, des tiroirs et des bouteilles de plastique – digne d’un spectacle de magie, tout concourt à déboussoler le spectateur, à brouiller les pistes entre la fiction et la réalité, entre le réveil et l’éveil, entre le passé et le présent. Hypnotisé par l’étrangeté des situations et des personnages, par l’ambiance lourde et mystérieuse, le spectateur est littéralement immergé – on ressent le froid, l’humidité, la peur – au cœur du récit à la fois onirique et angoissant, aussi chaotique, surréaliste et non linéaire que peuvent être les rêves.

 

Céline

 

Paradoxal, texte, mise en scène et interprétation de Marien Tillet, compagnie Le Cri de l’Armoire, jusqu’au 30 novembre au théâtre de Belleville (Paris 11e), le 6 avril à La Marge à Lieusaint (77)


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Céline Chartier - Auteur

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