Talent // « Assaut » de Julie Boudillon

Le premier roman de Julie Boudillon - dont l’éditeur n’a pas défini le genre littéraire - pourrait être qualifié de « conte littéraire ». C'est un récit post-apocalyptique qui nous est proposé, une histoire de fin de monde, d'effondrement décidé par les enfants qui ne veulent plus des parents ni de l'ancien monde. Ce conflit générationnel poussé à son paroxysme révèle un livre prometteur, à la fois fantastique et terrifiant, dont on ne sort pas indemne.

Mais que s’est-il passé ce soir-là ? Des petits groupes, familles, voisins… s’étaient engagés dans les rues à une heure tardive pour des promenades sans but, des marches qui les menèrent loin en dehors de la ville, jusqu’à l’estuaire où une rencontre improbable allait bouleverser leur vie.

 

Le texte de Julie Boudillon dont l’éditeur n’a pas défini le genre littéraire pourrait être qualifié de « conte littéraire ». Un conte pour adultes dont, les enfants sont les protagonistes. Suite à cette marche forcée, à cette rencontre fortuite avec des individus différents d’eux, et apparemment bienveillants, la vie va s’en trouver changée, au-delà de l’imaginable.

 

Si bouleversante que fut la rencontre, chacun rentra chez soi, et la vie reprit son cours, au grand soulagement des parents heureux de voir comme l’événement, tellement inquiétant dans son étrangeté, avait peu affecté les enfants. Cela jusqu’à ce que, quelques mois plus tard, les enfants, tous les enfants manifestèrent le désir de revoir ces fascinants personnages, ou faute que cela puisse se faire, d’évoquer leur univers fabuleux avec des jouets ou des dessins qui les occupaient des journées entières. Mais le comportement des enfants évolua encore, et tout prit un autre cours : ils devinrent comme absents. Ceux-là qu’on n’arrivait jamais à faire taire sont devenus mutiques. Un silence pesant, des bouches closes dans des visages sans expression, voilà maintenant ce que tous les enfants, dans toutes les maisons, présentaient aux adultes.

 

Fermés en eux-mêmes, les enfants avaient comme abandonné leurs parents, ils n’existaient plus pour eux. Désemparés, malheureux, ceux-ci coururent rencontrer les enseignants à l’école, multiplièrent les recherches sur internet, les recours aux spécialistes. Autant de démarches inutiles, rien n’y faisait, les enfants restaient inabordables, devenus des inconnus, des étrangers pour leurs parents. Abandonnés, les parents le seront bientôt, au sens propre des mots, avec la disparition physique des enfants. Un matin, dans chaque famille, un même constat « Il n’est pas dans son lit », on cherche où il peut s’être caché, on ne trouve rien ; et c’est ainsi dans toutes les maisons, désertées ; tous les enfants ont disparu, des bébés aux adolescents.

 

Ils ne sont plus là, pas très loin pourtant, des bandes sont aperçues à l’orée des villes, menaçantes, drôlement armées. Les enfants guettent les allées et venues des adultes comme s’ils préparaient des mauvais coups, et c’est bien ce qui va se passer, avec le développement d’une forme de guérillas qui gagne en vitesse, et en horreur. On retrouve des adultes en sale état, voire mort. Ce qui se dessine, contre nature c’est l’anéantissement des adultes, les parents des fuyards, devenus comme nuisibles.

 

En abandonnant leurs maisons pour échapper à la violence des enfants aveuglés par la haine des adultes, ceux-ci réalisent que le drame est général, partout sur les routes, ils ne voient que villages abandonnés, destruction et horreur, ils faut se rendre à l’évidence, c’est la destruction d’un monde qu’ils veulent, la fin du monde comme il existait, le monde des adultes.

 

Dans son récit hallucinant, Julie Boudillon révèle une vraie qualité d’écriture. Parallèlement à la chronique angoissante de la révolte des enfants contre leur parents, une voix douce se fait entendre, elle raconte les enfants, comme ils étaient avant, comme on les a toujours connus, des mèches de cheveux collées au front au réveil, les genoux marqués de terre et les joues rouges après le foot, les borborygmes dans le sommeil, tous ces petits riens de la vie, dans son quotidien, dans sa banalité paisible. Remémoration d’un temps perdu où l ‘on n’avait pas idée de son bonheur. Et la double narration a quelque chose de déchirant pour le lecteur qui voit comme ces images du passé alimentent l’incapacité des parents incrédules à se retourner contre leurs enfants devenus leurs ennemis. Ils s’y essaient pourtant, bien maladroitement. Quand ils tirent un coup de fusil, c’est en l’air, quand ils lancent des pierres, ils visent à côté ; comment porter atteinte à des enfants, à ses enfants qui ne veulent seulement plus de vous parce qu’ils ont autre chose à vivre.

 

Récit apocalyptique dont on sort sidéré, Assaut, premier texte de Julie Boudillon, vous attache, vous emporte. C’est un livre prometteur dont on ne sort pas indemne, et l’on attend avec intérêt, curiosité le prochain texte de Julie Boudillon.

 

Frédérique

 

Assaut, de Julie Boudillon, Magnani Editeur, illustrations d’Eugène Riousse (janvier 2020)


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Revue Bancal - Auteur

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