Concert // Les Noces d’Hérodiade

Le duo d'artistes Inselberg est de retour à la Loge lundi 5 mars à 20h pour interpréter le mystérieux poème de Mallarmé "Hérodiade". Ce spectacle-concert nous invite à plonger dans le mystère fragmentaire et inachevé de Stéphane Mallarmé et explore une fois encore, le fascinant univers du théâtre mental.

S’il semble sonner à l’oreille comme la proue d’un drakkar viking, une bière d’abbaye ou un dramaturge scandinave, le nom d’Inselberg vient en fait de l’allemand et se compose de deux termes pour désigner une île-montagne ; soit, communément, « un relief isolé qui domine significativement une plaine ou un plateau subhorizontal ». Pourquoi pas dire, donc, énigme dressée, géologie d’entre-mondes, vestige d’hécatombe, monolithe pour odyssée fragmentaire ?  A Paris, où l’on ne compte guère de massif que métaphorique, Inselberg est aussi le nom du duo formé par Morgane Lory et Matthieu Canaguier, dont la première création musicale commune sera présentée lundi 5 mars 2018 à la Loge, fondée sur le poème-fleuve des Noces d’Hérodiade de Stéphane Mallarmé. Une « oeuvre de jeunesse » du poète amateur de dés, méconnue et assez étonnamment furieuse, où la figure de la danseuse Salomé (fille de la princesse Hérodiade, qui fit décapiter Jean-le-Baptiste pour sa mère) croise les thèmes de la virginité, du tabou, de l’enfantement, de la mort, du désir. Projet mythique auquel l’anguleux poète du silence devait revenir 30 ans plus tard, avant de le laisser finalement inachevé – cet inachèvement constituant sans doute, ici comme ailleurs, l’horizon et la condition de la poésie.

 

Diamant non traité et gageure d’interprétation, ce texte de Mallarmé trouve ici sa colonne vertébrale en un récitatif expressionniste, tour à tour chanté, murmuré, vociféré, scandé – fièvre hagarde, possession, souvenirs d’enfance -, entrelacé à une ambient minérale, propice à la méditation ou au cauchemar halluciné (drones électroniques, orgues noyés d’échos et puissance électrique d’un double bobinage de Les Paul). Ce serait un peu comme si les esprits de Catherine Ribeiro, Eliane Radigue et Dylan Carlson s’étaient retrouvés pour illustrer une tragédie de l’Ancien Testament dans une langue à la fois tribale, primitive et contemporaine. Autant dire que l’expérience, ambitieuse, paraît fidèle à l’écriture de Mallarmé par sa franche radicalité, aux antipodes du confort culturel que pourrait représenter la traditionnelle « mise en chanson » d’un poème (tout le monde n’étant pas non plus Paco Ibanez). Les deux membres d’Inselberg préfèrent en effet – ils ont bien raison – se renvoyer la tête coupée de Mallarmé, grouillante toujours de vers incroyables, pour la faire dériver au gré d’une géographie psycho-musicale rocailleuse et parcellaire, où lambeaux d’images mentales et décharges d’harmoniques, sorcellerie biblique et hypnose matricielle éclaboussent.

 

Alexandre Prouvèze

 

Hérodiade-Inselberg, texte de Stéphane Mallarmé, composition et interprétation d’ Inselberg, voix de Morgane Lory, instruments de Matthieu Canaguier, à La Loge le 5 mars 2018 à 20 h

 

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Revue Bancal - Auteur

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