Saxifrages // Atelier d’écriture #3 à Fresnes

Les ateliers d'écriture financés par la vente de notre livre « Saxifrages - Fictions carcérales » ont commencé le 2 mars dans la prison de Fresnes. Réunissant un petit groupe d'hommes, ils sont animés par l’écrivaine Valéry Meynadier et portent sur la correspondance, le lien épistolaire avec l’extérieur. Les écrits s’appuieront aussi sur notre recueil de nouvelles. Chaque semaine, nous publierons un compte-rendu des séances avec quelques extraits des textes des participants.
Photo ©Banksy

Atelier#3

Choisir une nouvelle et en écrire une suite

23 mars 2022

 

C’est la troisième fois qu’on se voit.
Aïe, j’apprends par un surveillant, que le lundi après midi, en même temps que l’atelier d’écriture, il y a cours d’histoire-géo…
Le surveillant me dit qu’ils ne seront pas nombreux, cette fois.
J’aperçois un gars de l’atelier, lequel avant de rentrer dans la salle d’attente me dit : « Le professeur nous a dit : si vous ne venez pas à mon cours, pas la peine de revenir ! »

Sur la coursive, j’aperçois X, le prof d’histoire-géo. Vrai, pas vrai ? Il leur fait du chantage ?
Règle d’or en prison, ne jamais s’énerver…
Je me dirige vers X, sourire déployé. On papote & je lui soumets mon dilemme, si les gars vont à son cours, ils ne viennent pas à mon atelier.
Argument choc de mon prof. : «  Ils ont un examen en fin d’année. »
Je sors mon autre casquette, animatrice philo, j’argumente, je problématise, j’ouvre le débat.
« Il n’y a que dix ateliers d’écriture contre combien de cours ? » « N’es-tu pas là à l’année ? »
Au final, je fais une concession : «  D’accord, je vais tenter de changer de jour… »
Il prend ma concession au bond : «  On peut couper la poire en deux, & si ils venaient à ton atelier tous les 15 jours ? »
Ça me va…
Il faut qu’il en parle au SPIP (Service pénitentiaire d’insertion et de probation).
Petit signe d’acquiescement.
La salle d’attente s’ouvre, je vois  « mes » gars partir en histoire-géo…

 

Priver l’atelier de l’écriture de certains tous les 15 jours, grrr !
& ne pourrais-je pas voir le problème autrement ?
Priver les gars de l’atelier une fois sur deux, aie !
J’onomatope à défaut de trouver une solution…
Snif !

 

*****
Ils seront deux.
S. & Z.
On pourrait croire que la dynamique de groupe est cuite. Pourtant les deux présents ont bien lu le recueil Saxifrages & ils ont choisi leur nouvelle préférée.
Ils ont le recueil sous le coude & ils sont fin prêts à écrire.
Si je leur demande, pourquoi celle-là ?
La réponse est identique pour S. & pour Z.
À cause du titre…
Z. a choisi : Tu seras un homme, mon fils, de Geneviève Le Bras.
S. a choisi : Mots dits, mots lus, de Christiane Fossois.

 

J’avais imaginé un autre dispositif que la Chambre d’écho (voir atelier 1 et atelier 2). Je voulais leur demander de tous lire leur texte, dans une cacophonie joyeuse.

Sachant que lire à côté de quelqu’un d’autre qui lit aussi, demande une forte concentration, une belle volonté.
Puis, me placer au centre de cette cacophonie & de les faire taire par mouvements de bras, telle une cheffe d’orchestre-texte…
& de les faire reprendre & ainsi de suite.
Il n’en sera rien.
Ce dispositif n’est possible qu’à partir d’un certain nombre.

 

*****
J’improvise.
Avec deux personnes, il est tout de même possible de faire le dispositif du « Sosie vocal ». C’est à dire que l’un & l’autre, pour rentrer en écriture, vont se lire leurs textes respectifs.
& après, lire la fin de la nouvelle élue. Pour enfin, organiser une discussion autour de cette fin, que l’écrivant ne se retrouve pas seul avec sa suite.

Histoire qu’ils aient des bouts d’histoires à se mettre sous la dent (toujours déjouer la frousse de la feuille blanche).
Du coup, je participe à donner un peu d’idées.
Nous sommes trois à tourner autour de la nouvelle.
S. & Z. savent déjà approximativement comment prolonger le récit car ils y ont déjà réfléchi.
Mais converser donne tout de même des pistes, des lucioles qu’ils suivront ou pas.
Lets go !

 

*****
Extraits

 

Suite de Mots dits, mots lus de Christiane Fossois
« (…) Berlin, sur le quai de la gare, il est 18H32, je dois prendre le train de 18H45. Il fait froid. Les 13 minutes sont interminables, j’ai peur, je tremble de tout mon corps. Je me pose plusieurs questions, sera-t-elle là pour me recevoir ? Quelle va être sa réaction en me voyant ? Où puis-je dormir si elle ne me reçoit pas ? Plongé dans mes pensées, j’entends soudain la voix du haut-parleur qui annonce le train à quai, baluchon en main, je monte dans le train.
Pendant le trajet, un léger sommeil me surprend et je rêve… »

S.

 

Suite de Tu seras un homme mon fils par Geneviève Le Bras
« À force de claquer toutes les portes, enfin, il va en claquer une, sans erreur, ce sera la bonne…
Et la porte de la prison de Fresnes se referma derrière lui.
Devant, s’ouvre la porte des libertés.
Tout ce temps incarcéré m’a fait prendre conscience d’un tas de choses. Mais une fois libre, tout devient confus. Que dois-je faire ? Par où commencer ? Tout s’entremêle, je perds rapidement pieds. Ma confusion m’emmène là où je m’étais juré de ne plus remettre les pieds : un bar. »

 

valérY meYnadier est écrivaine, elle anime des ateliers d’écriture et pratique l’art-thérapie en prisons. Elle fait régulièrement des lectures de ses textes dans divers lieux culturels accompagnés de comédiens et de musiciens.

http://www.m-e-l.fr/,ec,1323

 


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Revue Bancal - Auteur

Commentaires


  1. Bonjour,

    Merci à Valéry et aux participants pour leur travail!
    C’est avec beaucoup d’intérêt et d’émotion que je découvre la suite de nos textes.
    Bonne continuation,

    Geneviève

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