Cinéma // Parasite

La palme d'or du festival de Cannes 2019 est déjà en salle. "Parasite" du coréen Bong Joon-ho est aussi spectaculaire et époustouflant que les critiques l'affirment unanimement. Fable burlesque, comédie familiale, thriller, satire sociale, drame, huit-clos étouffant, farce cruelle, le réalisateur mélange les genres avec virtuosité et éblouit par la qualité de son scénario. Le film s'inscrit dans trois catégories répandues dans le cinéma : les domestiques opposés à leurs maîtres, l'intrus/l'étranger qui menace l'équilibre d'une famille et enfin les laissés-pour-compte.

Le cinéma regorge de films opposant les domestiques à leurs maîtres, montrant l’invasion d’une maison par un étranger ou mettant en scène des populations exclues et marginalisées. Ces thèmes associés à la lutte des classes et à la dénonciation des inégalités sociales ont inspiré de nombreux réalisateurs à travers le monde. Panorama largement non exhaustif des films répondant à ces critères.

 

La lutte entre domestiques et maîtres, fait immédiatement penser au film de Chabrol, La cérémonie, qui en 1995 réunit Isabelle Huppert et Sandrine Bonnaire, deux domestiques qui finissent, après une accumulation de jalousie et d’humiliation, par tuer leurs patrons ainsi que leurs enfants. Ce film est inspiré d’un fait divers sanglant appelé « L’affaire des sœurs Papin » en 1933 et  de la pièce Les Bonnes de Jean Genet (1947). Il y a bien sûr le film coréen La servante de Kim Ki-young (1960) qui a fait l’objet d’un remake The Housemaid sorti en 2010 et réalisé par Im Sang-soo. Une servante victime de l’oppression de ses maîtres se heurte à toute la famille soucieuse de préserver l’ordre du foyer.

 

Théorème de l’italien Pasolini (1968) est le film emblématique du personnage mystérieux qui s’introduit dans une famille bourgeoise pour changer radicalement la vie de chacun et menacer la tranquillité de la maison. Dans un registre plus violent, le réalisateur autrichien Michel Haneke fait vivre un enfer à une famille en vacances dans leur maison de campagne, après que deux jeunes hommes ont réussi à pénétrer chez eux mystérieusement ; à deux reprises, dans le film Funny games en 1997 puis dans le remake américain Funny games US (2008) toujours du même réalisateur. Dans Harry, un ami qui vous veut du bien (2000, Dominik Moll), Harry débarque comme une tornade dans la vie d’une famille en apparence normale et vient bouleverser le cours de leur existence.

 

En 1976, l’italien Ettore scola dresse un portrait féroce et répugnant des pauvres marginaux obligés de vivre dans les bidonvilles des faubourgs de Rome (Affreux, sales et méchants). Du réalisateur récompensé à Cannes cette année Bong Joon-ho, Snowpiercer montre une hiérarchie des classes à bord d’un train gigantesque condamné à tourner autour de la Terre sans jamais s’arrêter. Plus récemment, les doubles terrifiants et laissés-pour-compte du film Us (2019) de Jordan Peele font penser aux parasites de la Palme d’or qui comme eux vivent dans les sous-sols, sous les belles maisons bourgeoises des riches citoyens.

 

Céline


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Revue Bancal - Auteur

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