Arts // La représentation de la folie

A l'occasion de notre prochain atelier d'écriture corporelle sur le thème de la folie, nous nous sommes penchés sur la représentation de celle-ci dans l'art. Artistes torturés par leur créativité obsessionnelle, sublimation des troubles de l'âme à travers l'expression artistique, témoins d'une expérience immersive, les exemples ne manquent pas. En voici quelques-uns dans différentes disciplines.
Photographie extraite du film "Vol au-dessus d'un nid de coucou" de Milos Forman

L’art brut est pratiqué par des autodidactes, sans culture artistique, sans conscience de faire de l’art, qui s’expriment de manière spontanée, brute, urgente, à partir essentiellement de leurs propres impulsions, émotions et états d’âme.

Jean Dubuffet baptise « art brut » l’art des fous et celui de marginaux. Il représente le lien le plus direct entre art et folie.

 

 

Vol au-dessus d’un nid de coucou, film de Milos Forman (1976)

Adapté du roman de l’écrivain américain Ken Kesey (1962), le film décrit les mauvaises conditions de vie des patients en hôpital psychiatrique dans les années 1960 : surdose médicamenteuse, douches glacées, électrochocs ou encore lobotomie. Mais ce pamphlet contre les failles du système psychiatrique questionne aussi le sens de la révolte : doit-on résister ? Jusqu’où peut-on s’opposer ? Où se situe la frontière entre l’héroïsme et la folie ?

 

Jack Nicholson dans Vol au-dessus d’un nid de coucou

 

L’Adamant, documentaire de Nicolas Philibert (2023)

L’Adamant est un centre de jour unique, un bâtiment flottant, édifié sur la Seine, en plein cœur de Paris. Cette péniche accueille des adultes souffrant de troubles psychiques, leur offrant des activités (dessins, musique, etc.) qui les structurent dans le temps et l’espace et les aide à créer du lien. L’équipe qui l’anime a pour mission de combler les lacunes du système psychiatrique en apportant une réponse à son délabrement et à sa déshumanisation.

 

Atelier de danse sur l’Adamant

 

 

Amok ou Le fou de Malaisie, nouvelle de Stefan Zweig (1922)

Le médecin, héros de cette célèbre nouvelle, s’éprend violemment d’une femme belle et mystérieuse qui vient lui demander l’aide. En Malaisie, où se déroule l’histoire, on appelle Amok la fureur qui parfois s’empare de certains hommes et les pousse à poursuivre et même à tuer l’objet de cette fièvre…

 

 

Ma mère, musicienne, est morte de maladie maligne à minuit, mardi à mercredi, au milieu du mois de mai mille977 au mouroir mémorial à Manhattan, roman de Louis Wolfson (1984)

Louis Wolfson est ne en 1931 aux Etats-Unis. Précocement diagnostiqué schizophrène, il est placé durant son adolescence, par sa mère, dans des instituts psychiatriques où il subit des traitements violents, notamment par électrochocs. Cette période lui laissera une rancune et une méfiance particulières vis-à-vis de l’espèce humaine, mais aussi une détestation radicale de sa langue maternelle, dont il refuse l’usage.
Il apprend plusieurs langues étrangères (notamment le français, l’allemand, l’hébreu et le russe) et traduit spontanément dans un jargon mêlé de toutes ces langues, selon un procédé linguistique très précis, ce qui lui est dit en anglais.
En 1977, sa mère meurt des suites d’une tumeur ovarienne. L’auteur, libéré de toute tutelle, entreprend d’écrire la chronique des derniers mois de leur vie partagée, marquée par l’agonie de sa mère et, chez lui, par une pratique obsédante des paris hippiques.

 

Louis Wolfson

 

 

Folie, chanson de Brigitte Fontaine (2004)

Folie de tristesse et de rage
Mangeant la merde et le cirage
Folie de terreur et d’horreur
Je vomis mon foie et mon cœur
Cloîtrée dans l’éternel taudis
Entre ces murs que je maudis
Je tourne comme une toupie
Ou sur quelque loque je gîs
Si je sors c’est pour quelques pas
L’espace horrible fond sur moi
Comme un gigantesque vautour
Transparent et sanglant le jour
Plus noir que l’enfer de la nuit
Eh bien oui telle est ma folie
Brigitte est folle hi hi hi

 

 

 

 

Autoportrait au coude droit, peinture d’Egon Schiele (1914)

Egon Schiele est connu pour ses personnages aux traits inquiétants et dérangeants. Dans ses nombreux autoportraits, le peintre a exprimé ses plus sombres névroses. Très intéressé par les maladies mentales, il se rendait dans des hôpitaux psychiatriques afin d’étudier les malades. C’est pourquoi, captivé par les déformations du corps, il injecte cet univers de la folie dans ses œuvres angoissantes. Dans l’Autoportrait au coude droit, le corps est déformé et désarticulé évoquant un déséquilibre de l’esprit.

 

Autoportrait au coude droit, peinture d’Egon Schiele

 

La rédaction Bancal

 


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