Artistes confinés #1 // Alissa Thor, peintre et écrivaine

Nous avons interrogé plusieurs artistes pour savoir ce que le confinement changeait à la pratique de leur art. Comment l’obligation de rester enfermé.e impacte-elle leur créativité ? Quelles sont les conséquences pratiques et matérielles du confinement sur leur organisation, leur situation ? Bref, comment continuer à être un ou une artiste en temps de confinement !

Alissa Thor vit à Paris et travaille à Rouen où elle y a installé son atelier. Après des études de lettres et de philosophie, elle embrasse le métier de documentaliste puis en 2012 décide de se consacrer exclusivement à la peinture et à l’écriture.

Influencée par le mouvement expressionniste, Alissa évoque l’art brut pour décrire ses œuvres. Ses peintures à l’huile aux couleurs violentes et aux traits affirmés donnent vie à des visages et des corps déformés, fragiles, à l’expression sombre et troublante.

Alissa Thor est aussi écrivaine. En 2017, elle publie son premier recueil de poèmes Les heures de battement aux éditions de l’aigrette.

 

Dans quels états émotionnels (peur, ennui, colère, espoir, etc.) te plonge le confinement obligatoire ?

Sans aucun doute la colère… et un sentiment d’impuissance quant aux luttes sociales en cours. Pour le reste… rien d’exceptionnel, la solitude intrinsèque est toujours la même, confinement ou pas : l’intérieur est toujours l’intérieur, l’extérieur, l’extérieur.

 

Ces émotions sont-elles favorables à ta créativité ou au contraire t’inhibent-elles ? 

Il est certain que tout ce qui est de l’ordre de la contrainte oblige (presque au sens moral) à réfléchir à comment prendre des chemins de traverse. D’ailleurs beaucoup de dessinateurs ont retrouvé le coup de crayon mordant pendant cette période.

 

L’obligation de rester chez toi te rend-elle plus prolifique ? Au contraire, l’enfermement et l’isolement t’empêchent-ils de pratiquer ton art ? 

Le confinement provoque une ruée vers le téléphone et les différents réseaux sociaux. De fait, je suis beaucoup sollicitée et par des gens qui ne le font pas d’ordinaire. Mon temps de travail en est donc réduit d’autant… ce qui en cette période est pour le moins paradoxal (rires) ! Encore une fois l’isolement actuel est comme une matérialisation visible de ce que nous vivons tous sans le savoir (ou en le refoulant selon les caractères) : nous sommes tous des monades – et l’artiste en a juste un peu plus conscience que les autres – qui cherchons à ouvrir les fenêtres. Cette mise en abîme, cette incarnation sociétale au moment où l’incarnation des corps manque me fait en tout cas cogiter !

 

Le contexte sanitaire et la situation de confinement t’inspirent-ils et influencent-ils déjà ta production artistique ?
L’artiste est toujours de plein pied avec les questions Politiques (avec un grand P). Bien sûr les images produites à l’heure actuelle disent quelque chose de la situation. Mon image de profil Facebook est un portrait à l’huile portant un masque !

 

@Alissa Thor, 2019

 

Quelles solutions, quelles nouvelles habitudes as-tu déjà mis en place dans ton activité artistique ? En bref, sens-tu que tu peins ou écris différemment ?

Je me rationne au niveau matériel (je parle de la peinture !). Pour ce qui est de l’écriture, des formes collectives se mettent en place par le biais des réseaux sociaux notamment (cadavres exquis par exemple). Ce sont des expériences intéressantes !

 

Propos recueillis par Céline

 

Pour connaître le travail d’Alissa Thor

https://alissathor.wixsite.com/alissathor

Publications : Les heures de battement, poèmes d’Alissa Thor, Éditions de l’Aigrette – Maison de la Poésie de la Drôme (2017) – L’Expressionnisme, une technique sans technique, Alissa Thor, Ulisse Editions (2016)


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Revue Bancal - Auteur

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