PORTRAIT // Edith Vallée

Edith Vallée est psychologue et passionnée d’histoire de l’art. Militante féministe, elle est créatrice du blog non-maternité.org et membre de l’association HF Ile-de-France (pour l’égalité femme homme dans les arts et la culture) au sein de laquelle elle a conçu plusieurs parcours urbains à l’occasion des Journées du Matrimoine. A travers cet autoportrait, elle nous livre les grandes lignes d’une trajectoire marquée par la volonté de choisir sa vie, au-delà des déterminismes familiaux, sociaux et culturels.

 

Edith Vallee
Je suis née dans les Landes. Aujourd’hui plus que jamais, j’aime retourner au pays. Marcher solitaire sur la plage me donne le sentiment d’être exactement à la place où je dois être. Je me dis qu’il en est de la sorte pour tout être humain dans le même temps, que tous nous sommes solidaires d’un grand mouvement qui pousse l’humanité vers un plus de vie. Je me dis encore : de cette place qui est la notre, il nous appartient d’impulser le mouvement. Si minime soit-il, pourvu qu’il apparaisse comme un talent à découvrir en nous-mêmes.

Je n’ai forgé clairement cette pensée que vers 40 ou 45 ans, mais elle a été amorcée en mai 1968. Avant, j’étais une « jeune fille rangée », et je pensais que j’aurais des enfants. Pas une seconde ne m’a effleurée l’idée contraire. De son côté, mon père me répétait que les femmes avaient une inclination naturelle à souffrir. Il n’empêche, mon frère et moi avons été des enfants très aimés.

Mai 68 m’a bouleversée. Je découvrais la nécessité, si on ne voulait pas rater sa vie, de penser par soi-même. Ne pas se laisser penser par les autres. Surtout quand un père dit des phrases assassines sur les femmes à sa petite fille. C’est ainsi que j’en suis venue à l’idée que rien ne m’obligeait à croire mon père. Rien ne m’obligeait non plus à avoir des enfants. La maternité n’était ni un destin, ni une évidence parce que ce n’était déjà pas une envie pour moi. Il fallait déconstruire le discours sur les femmes.

Quand J’ai exploré le grand amour et la confiance totale en un homme, je n’ai pas eu davantage envie d’être mère. J’ai choisi pour sujet de thèse de doctorat de psychologie les femmes qui avaient décidé de ne pas avoir d’enfant. Une façon de me sentir moins seule avec cette question, l’occasion de rencontrer d’autres femmes comme moi pour tenter de comprendre cette bizarrerie.

Trois livres ont suivi, car la question ne m’a jamais quittée. Une recherche ne se termine pas, même si l’on change apparemment de sujet. Interpellée maintes fois sur le non désir d’enfant, j’ai vu la société se transformer, cacher son rejet derrière une fausse tolérance, rejet d’autant plus violent qu’il est devenu de mauvais aloi de critiquer la liberté des femmes à choisir leur vie. Je rencontre aussi des mères accueillant les Childfree comme preuve de l’ampleur des registres de la féminité.

Aujourd’hui, je vis heureuse avec un homme père et grand-père. Je ne me sens nullement obligée de dire que j’adore les enfants et c’est formidable de pouvoir exprimer cela librement. Simplement, je suis bien avec eux, en passant.

J’ai exercé comme psychologue auprès d’enfant, en commençant dans le service de Françoise Dolto, puis j‘ai voyagé en Afrique et en Amérique Latine, profitant des mouvements de carrière de mon mari. J’ai travaillé comme psychologue partout. Revenue en France et divorcée, j’ai repris une activité en dispensaire, puis je me suis orientée en conseil en gestion de carrière. Une histoire de choix de vie : comment aider les personnes à trouver leur chemin ; qu’est ce qui les porte dans le fond ?

J’ai alors mené une double vie. Mon temps au bureau et mon temps au musée du Louvre. J’ai vu les mêmes tableaux commentés par de nombreuses conférencières et à chaque fois, l’émerveillement. Un livre est sorti de ces dix ans de passion pour la peinture ancienne : La Madone Libertaire, en 2001. La Vierge, encore un sujet autour de la maternité ?Justement, non. Je me suis attachée à voir quelle femme elle avait pu être, autre que mère. On ne le savait pas, mais la Vierge a un esprit anarchiste, et il a fallu attendre le XXIe siècle pour s’en rendre compte !  J’ai embarqué dans ma démarche Radio Libertaire, des moines de la Vierge des pauvres, un bénédictin, des professeurs d’Université…

Après un premier travail sur moi qui m’a permis de me décaler d’une image de future mère, ce livre fut mon second détournement. Puis, lors des journées du Matrimoine avec HF-IDF, je n’ai eu de cesse de monter des parcours culturels urbains, de détourner les bâtiments pour éclairer les grandes figures féminines du passé. Mon plaisir : faire tenir aux édifices de la ville un discours différent, les forcer à parler de ce qu’ils cachent derrière les voiles de l’oubli, l’héritage des femmes remarquables. Ma force : entraîner des équipes dans ce projet exaltant. Ma limite : le besoin de reconnaissance.

Penser par soi-même demande d’avoir renoncé à penser. C’est juste laisser agir quand on sent que le courant conduit vers ce que l’on aime le plus. Alors l’idée vient sans être pensée et donne à vivre intensément. Au fil du temps, j’ai découvert en moi une créativité entraînante qui se partage et se multiplie.

Edith Vallée

http://non-maternite.org/edith-vallee-auteure-de-livres
http://www.hf-idf.org


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