MON COEUR EST AILLEURS // Livre

Interview de l’auteure, Marie Lissouck

Mon cœur est ailleurs de Marie Lissouck est un livre autobiographique dans lequel l’auteure livre le récit des premières années de sa vie, dont une partie passée dans les profondeurs de la jungle avec son père et sa soeur. Tous les événements, les drames et les traumatismes qui y sont décrits, ont vraiment eu lieu. Il s’agit d’un témoignage sur la condition de la femme et celle de l’enfant. Marie Lissouck, franco-camerounaise, est née au cœur de la forêt tropicale, non loin d’Éséka. Elle a accepté de répondre à nos questions.

Mon coeur est ailleurs de Marie Lissouck Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire Mon cœur est ailleurs ? 

Mon cœur est ailleurs est un récit autobiographique qui retrace les vingt premières années de ma vie. Il décrit et explique comment,  l’enfant-adulte, l’animal aux aguets et l’être conditionné que je fus, a appris à survivre avant de commencer à vivre. C’est une part essentielle de mon histoire personnelle, que j’ai voulu transmettre.  C’est aussi un message d’espoir que je porte dans ce livre. La vie m’a violemment boxée et me cogne encore très fort, mais elle ne m’a pas brisée. L’envie de vivre a eu le dessus.

Lorsque mes lecteurs me disent que mon livre leur a permis de relativiser leurs propres souffrances – bien que, et je tiens à le rappeler, il n’y a pas de hiérarchie dans la douleur psychique, chaque souffrance est unique et seule la délivrance en reste le contrepoids – j’ai le sentiment d’avoir réussi la mission que je me suis donnée, je suis heureuse que mon expérience puisse les aider à avancer, à les soulager ne serait-ce qu’un peu.

J’entendis un bruit métallique, aussi long que la lame qui venait d’être tirée parmi le lot de machettes fraîchement aiquisées et rangées sous le lit. Ce bruit fut suivi par « Non ! Non ! Pas ça ! »

Votre rapport à l’écriture est aussi une ouverture sur le monde…

Oui, tout à fait, car même si écrire est un acte qui se fait dans la douleur – écrire cette histoire fut pour moi aussi douloureux qu’un accouchement sans fard, ni artifice, il fallait faire sortir de moi cet ancien moi qui transpire dans chaque mot de mon livre, cette part de moi que le lecteur voit et qu’il imagine à travers les lignes – je ne peux pas m’arrêter d’écrire car quand je pense aux messages que je reçois de mes lecteurs, certains m’écrivent pour me féliciter, d’autres pour me dire que je leur ai donné du courage, cela me donne la force pour continuer à écrire et trouver le mot juste.

Votre ouvrage a donc vocation à transmettre de l’espoir, du réconfort à vos lecteurs ; l’écrire vous a-t-il soulagée également ?

Les mots que j’ai posés sur mon histoire ont permis de réhabiliter la femme, l’enfant, la vie. Je me suis réconciliée avec mon enfance volée et avec mon être… Cette réhabilitation m’a aidée à sortir de ma prison mentale.

J’ai cependant eu beaucoup de mal à lâcher mes écrits, à les confier à un éditeur, car j’avais besoin de garder une  main sur mes souffrances. Finalement, donner mon livre à l’éditeur m’a permis de me délester de cette souffrance.

Je ne suis pas une encyclopédie de la douleur, je ne suis pas à ranger dans le rayon des souffrances. Je reste cette femme de racines d’où je tire le titre de mon livre, Mon cœur est ailleurs, qui est un hommage, un clin d’œil  à mon Afrique natale.

Pourquoi avoir choisi l’écriture pour vous raconter?

Je n’ai pas choisi l’écriture mais c’est l’écriture qui m’a choisie. Elle s’est imposée en moi lorsque le sang figea tout mon âme et dépouilla la nuit de son vieux manteau (NDLR : l’auteure évoque ici le drame qui est au centre de son livre). Le livre de ma vie s’est gravé en moi. Je l’ai simplement sorti des tiroirs de mon être pour le partager avec d’autres.

Les mots dessinés au tableau étaient les codes de la liberté, ma liberté et par ricochet, celle de Christine. Je compris ce jour-là que si l’on arrivait à lire et à écrire, on pouvait par ces moyens coder notre monde intérieur et décoder celui des autres. Bref coder et décoder simplement la vie et s’ouvrir aux autres et au monde. Ma sœur Christine venait d’avoir onze ans. J’en avais dix. Avec la détermination puisée de notre enfance volée, je me jurais alors, que quoiqu’il advienne, moi, Marie Lissouck, je réussirai à lire et à écrire pour me libérer et livrer au monde les codes de mon être.

Vous avez d’autres projets d’écriture?

Si la petite fille vous a confié les secrets de son âme, la femme va  aussi beaucoup vous surprendre ! Je n’ai pas peur de la feuille blanche en ce qui me concerne. Je bois la vie et je m’émerveille de toutes petites choses. Tenez, je pourrais écrire une histoire, rien qu’à la façon dont vous m’écoutez en mangeant vos olives…

Propos recueillis par M.B.

Mon coeur est ailleurs, Editions Sépia, Format 13,5 x 21,5 cm, 280 pages, ISBN 978-2-84280-218-9

http://www.moncoeurestailleurs.fr


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