FESTIVAL // Faire dialoguer et se croiser les cultures lusophones

Alors que la cérémonie d’ouverture de la 8e édition du Festafilm, le festival du cinéma lusophone, se prépare, nous sommes allés à la rencontre de son président Ferdinand Fortes. Séduit par la poésie de Manoel de Oliveira et de Pedro Costa,  l’ivoiro-capverdien a su donner vie à un festival à son image, c’est à dire sans frontières. Pour lui, et ça a toujours a été une évidence, le Festafilm est un lieu de rencontres et d’échanges humains avant tout.

 

Ferdinand Fortes, DR

RB : Après 6 années passées à Montpellier, Festafilm s’installe dans la capitale, que pourriez-vous dire pour donner envie d’aller voir un tel festival à Paris en sachant que l’offre est immense ?

Ce sont toujours des films un peu particuliers, des raretés

F : Pourquoi venir à Festafilm ? D’abord parce que les films que l’on y verra, à l’exception de ceux de Manoel de Oliveira, sont des films qu’on ne verra pas ailleurs puisqu’on essaie toujours d’aller les chercher, surtout les documentaires, parmi ceux, très nombreux, qui ne sont pas forcément distribués, c’est le cas d’Ilegal, un documentaire brésilien assez percutant. C’est aussi l’occasion de découvrir de superbes films qui n’ont pas suffisamment fait parler d’eux comme la bataille de Tabato du réalisateur portugais Joao Viana. Enfin et surtout, ce sont toujours des films un peu particuliers, des raretés.

RB : Comment sélectionnez-vous ces films particuliers, ces raretés ?

La programmation dépend toujours des films que l’on reçoit.

F : On lance des appels à films au Brésil, au Portugal, en France, en Belgique, au Québec, etc. En moyenne, on en reçoit entre 300 et 400 (courts-métrages, documentaires et longs-métrages confondus) et on fait notre sélection. C’est comme ça que l’on découvre ces petits bijoux, ces raretés en ne s’enfermant pas dans un thème. La programmation dépend toujours des films que l’on reçoit. Il arrive qu’une actualité, comme les quarante ans d’indépendance des pays d’Afriques lusophones ou l’hommage à Manoel de Oliveira par exemple, s’invite dans la programmation et qu’on lui en dédie une partie, mais en général ça n’occupe que 20% de la programmation, le reste est ouvert aux appels à films.

RB : Le festival a donc cette volonté de donner une vitrine à des jeunes réalisateurs ?

F : Oui, absolument. On essaie aussi de donner une plus large diffusion de ces films, c’est dans cette optique qu’on a monté des partenariats avec des festivals qui ont lieu au Brésil, au Portugal, et en Angola. Cela nous permet de faire voyager les films d’un pays à l’autre.

RB : Depuis sa création en 2008 comment a évolué le festival ?

C’est un festival en constante construction

La première édition du festival se déroulait sur une journée, la deuxième, sur deux jours. A la sixième édition on est passé à cinq  jours. C’est un festival en constante construction. Pour nous, c’est important de ne pas mettre la charrue avant les bœufs: on est attaché à la structure. Il y a des choses qu’on ne savait pas faire, il a donc fallu y aller pierre par pierre. Les trois premières années on programmait uniquement de courts-métrages, ensuite on a introduit les documentaires, puis les longs métrages et aujourd’hui on ouvre à d’autres formes artistiques avec l’apparition de concerts, expos et théâtre.

RB: Le festival va-t-il rester en l’état?

F: Avec la huitième édition, on est en train d’opérer une véritable mutation. C’est à dire qu’à terme on souhaiterait que ce soit un festival où musique et cinéma se répondent. Pourquoi la musique ? Parce qu’elle est fédératrice, les gens vont aller plus facilement à un concert de musique brésilienne ou capverdienne même s’ils ne connaissent pas l’artiste. Mais tant qu’on n’aura pas plus de moyen, on va essayer de ne pas aller trop loin, mais oui avec un petit peu plus de musique.

RB: A qui vous adressez-vous ? Quel est votre public ?

F: Notre public n’est pas lusophone, il est lusophile, il est curieux de découvrir autre chose, il adore le Brésil, l’Angola ou le Cap vert parce qu’il y a été ou parce la culture le touche. Quoi qu’il en soit les retours sont très positifs. Ça vient aussi de la rareté des films, des sujets qu’on aborde et de la façon dont ils sont traités, ça peut être drôle ou tragique mais ça ne laisse jamais indiffèrent. Ça fait bouger les gens et ils sortent de là super contents. C’est notre meilleur moteur les retours qu’on peut avoir. Et puis c’est visible en termes de fréquentation : on est passé de 90 entrées à 1200-1300 entrées en 6 ans !

RB: En délocalisant le festival, avez-vous des inquiétudes sur le taux de fréquentation?

Non pas vraiment. Le problème à Montpellier c’est que l’on avait pas de moyens supplémentaires pour communiquer, ça faisait trois ans qu’on stagnait au niveau du public, la fréquentation tournait entre 1200 et 1300 ce qui est très bien pour un festival comme le nôtre, mais je sentais bien que la réserve de public possible était limitée et pour avoir plus de financement, plus de partenaires, pour aller plus loin dans ce que l’on fait, il faut aussi qu’on ait plus de monde. La démarche de venir à Paris, elle est là, en étant conscient qu’à Paris l’offre est déjà énorme…

 Propos recueillis par Salih et Marie

8e Festival du Cinéma lusophone et francophone, du 1 au 9 avril 2016
Cérémonie d’ouverture // Vendredi 1er Avril 2016 à 20H // Cinéma Etoile Lilas
Soirée de clôture // GISELA JOÃO – Fado // Samedi 9 avril 2016 à 20h // Alhambra
http://festafilm.fr/


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