DOCU // A l’Est de l’enfer

L’EMBOBINEUSE THEATRE DE FORTUNE projettera, vendredi 16 décembre, le documentaire « A l’Est de l’enfer » dans le cadre du festival Vendetta organisé par Le Dernier Cri. Son réalisateur, Matthieu Canaguier, sera présent lors de la projection qui sera suivi du vernissage des œuvres d’Andhoenk, illustrateur et personnage mythique du film. Une belle occasion de prolonger l’immersion dans l’univers singulier de cet artiste hors norme et de (re)-découvrir notre entretien avec Matthieu Canaguier!

 

A l'Est de l'enfer, de Matthieu Canaguier

Comment résumerais-tu ton film ?

L’Indonésie, c’est un archipel de milliers d’îles aux cultures et religions très diverses. Je me suis focalisé sur la ville de Surabaya à l’est de Java, qui est essentiellement musulmane. Le film suit l’itinéraire de trois membres de groupes : Tony de Ritual Orchestra, Erik de Dry et Andhoenk de Sacrifice. Le film a été plus dur à financer qu’à diffuser. Quand je parlais de black métal et de l’Indonésie, peu de gens savait définir l’un ou l’autre. J’ai eu la chance de travailler avec les productrices de La Maison du Directeur que le projet a tout de suite branchées parce qu’elles ont rapidement identifié son potentiel, elles ont bien pressenti que ça dépassait le cadre de la musique Métal, qu’il y avait là une énergie très forte, une mystique et un aspect quasi anthropologique dans l’approche documentaire. Le film que l’on a écrit, construit ensemble, ne s’adresse pas seulement à ceux qui aiment déjà ce type de musique mais il permet d’amener un nouveau regard à la fois à ceux qui ne la connaissent pas et à ceux qui la pratiquent.

 Pourquoi l’Indonésie ?

J’ai découvert l’Indonésie il y a une quinzaine d’années. Ce qui m’a marqué là-bas, c’est avant tout le rapport qu’entretenaient les Indonésiens avec la musique. Cette façon qu’elle avait de surgir dans leur quotidien, au moindre détour de rue, on tombait sur une musique traditionnelle, des danses, l’installation d’un concert de reggae ou encore au jaillissement d’un concert de métal.

Un jour, en 2006, j’ai assisté à un concert de métal extrême qui m’a beaucoup marqué. Il s’agissait d’un groupe américain (Disgorge), avec des groupes indonésiens en première partie. Ce qui m’a profondément interpellé, c’est l’énergie qui se dégageait non pas seulement de la scène mais aussi du public. Rapidement une sorte de pogo a commencé au milieu d’une masse de gens très dense, une bataille s’est formée. C’était très violent mais pas agressif. Et au milieu de cette masse, où tout le monde était habillé de noir, il y avait un mec tout en blanc, torse nu avec un bandeau blanc autour de la tête et il repoussait la foule pour former un cercle autour de lui. Je n’avais jamais vu un truc pareil ! J’ai eu envie de comprendre ce que ça venait signifier là, dans ce concert, comment cela se faisait que dans un concert de métal, cette chose arrive. Là, c’était dans le public que ça se passait, une sorte de transmission. Cette image m’est restée en tête, comme une vision. Cette énergie, ce mec en blanc au milieu du chaos sont à l’origine du film. Ce documentaire, c’était partir en quête de cette image.

 Menbre du groupe Ritual Orchestra-maquillage

 Dans ton documentaire l’aspect mystique est particulièrement mis en avant, ça a été difficile de le saisir ou à l’inverse, c’eut été difficile d’en faire abstraction?

La culture traditionnelle est très importante en Indonésie. Les croyances sont toujours présentes même si on n’en parle pas, même si ce n’est pas un sujet de discussion que j’avais avec les personnes que je rencontrais. C’est quelque chose qui était là et qui pouvait prendre plein de formes. Là où j’ai tourné, à Java, par exemple la religion dominante de l’île c’est l’Islam, mais d’autres croyances se développent autour et resurgissent, la complètent. Andhoenk, du groupe Sacrifice, tout en étant musulman, s’implique également dans d’autres formes de pratiques et de cultes issus de religions pré-islamistes très proches de l’hindouisme et aussi très imprégnés de l’animisme et du chamanisme. Il y a aussi beaucoup d’histoires de superstitions, de sorts, de fantômes. Les gens en parlent dans les discussions courantes. Les chamans, ou sorciers, sont également présents dans le quotidien.

Teaser « A l’est de l’enfer » from la maison du directeur on Vimeo.

Andhoenk est effectivement une des figures centrales de ton film, comment l’as-tu rencontré ?

Quand j’ai commencé à tourner avec mon assistant, un ami indonésien qui ne vient pas de l’univers du black métal, mais qui connait beaucoup de monde dans tout le pays, on a beaucoup voyagé pour aller à la rencontre des acteurs de la scène black métal. Il y avait des groupes que je voulais rencontrer comme Ritual Orchestra ou Dry. Mais je savais que dans le fond, je cherchais autre chose. J’ai rencontré beaucoup de monde, des groupes, des labels et tourné des heures d’entretiens que je n’ai pas gardé dans le film… et le nom d’Andhoenk revenait sans cesse. Il y avait une espèce de légende autour de lui, il avait les ongles longs et montait sur scène avec un masque qui lui cachait les yeux, avec une chevelure bizarre. Des gens disaient que les cheveux poussaient sur son masque, qu’ils étaient vivants. On nous parlait de lui avec un mélange de crainte et de respect pour sa culture, sa mystique. Avec Jonas, mon assistant, on sentait ce magnétisme autour de lui et on est parti à sa rencontre.

Pendant les deux tournages, les rapports avec Andhoenk ont été très forts. Quand je l’ai rencontré, il était célibataire. Il s’est marié entre les deux et je craignais qu’il arrête tout. En Indonésie quand quelqu’un de la scène métal se marie, c’est fini, il arrête la musique et passe à autres choses. Lui ça a été le contraire, quand il s’est marié, sa femme lui a demandé d’arrêter de travailler à l’usine, et de vivre pleinement son art, d’aller se référer plus sérieusement aux rituels en y associant un vraie pratique, de ne pas se contenter d’une imagerie. J’ai été très surpris par l’image de ce couple qui n’est pas si fréquente en Indonésie. Et elle, c’est une initiée, une médium… On rencontre rarement des personnes aussi habitée de visions.

L’univers d’Andhoenk, tel qu’il est présenté dans le film, nous laisse entrevoir l’émergence d’une croyance qu’il exprime à la fois à travers sa musique mais également dans ses dessins ; a-t-il inventé une nouvelle religion à partir de sa propre cosmogonie ?

Cette religion n’est pas propre à lui mais la façon dont elle se manifeste en lui est complétement unique, c’est particulièrement manifeste dans sa façon de chanter et de dessiner. Son esthétique est une sorte de croisement entre l’esthétique black métal, noir et blanc assez horrifique et des motifs, des figures de la mythologie javanaise pré-islamique.

La suite de l’interview : ici.

Propos recueillis par Marie.

A l’Est de l’enfer, documentaire français de Matthieu Canaguier
Diffusion le Vendredi 16 décembre à18h àl’EMBOBINEUSE THEATRE DE FORTUNE
Documentaire / La Maison du Directeur, En Râchachant
Andhoenk Irawan « Vernissage & dîner dans le jardin avec Doumé »

Documentaire disponible en DVD :
http://www.docnet.fr/
http://www.amortout.com/


Contact réalisateur : eastofhell.film@gmail.com


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