RENCONTRES TRANSVERSALES // Nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre

Ce mercredi  22 mars, sur le plateau de La Loge comme dans la salle, on suait à grosses gouttes. Dans Nous sommes de ceux qui disent non à lombre, la question de la « négritude », soulevée par la metteure en scène Margaux Eskenazi et son équipe de comédien-nes engagé-es, était baignée d’une chaleur tropicale.

Nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre, copyright : Linda Duskova

Peu nombreux/ses dans le hall après la représentation — car physiquement et intellectuellement éprouvé·e·s, peut-on penser — quelques spectateurs/trices se sont prêté·e·s au jeu de la Transversale, « à chaud », donc… Les cerveaux en action, les sens en ébullition, on s’y demandait : comment mobiliser un·e spectateur/trice ? En le/la convaincant ou en le/la questionnant ? En se mouillant et en donnant son point de vue, sur lequel il/elle pourra réagir ? Ou en refusant d’être le/la premier/ère à se positionner pour lui laisser faire son chemin, au risque qu’il/elle s’arrête en cours de route ? Vaste sujet …

On peut d’ailleurs admirer la transversalité avec laquelle Margaux Eskenazi et son équipe abordent ce thème et partagent un point de vue militant sur les questions de la négritude et du langage.

Ici, on voit clairement se brandir la langue, comme une arme de combat. On se demande alors : peut-on attaquer la langue, la détruire ? Faut-il parler la langue de l’ennemi pour pouvoir se faire entendre ? Ces questions sont inscrites dans les nœuds du spectacle. Elles nous parviennent parfois telles des slogans. Brandies, scandées, slamées frontalement et très proches du public. Le théâtre prend ici en charge l’action politique, sans doute portée par l’idée que la littérature peut naître du combat politique, et inversement. On entend d’ailleurs, de la voix d’Eva Rami, l’une des interprètes, citant Edouard Glissant, que « la poésie ne produit pas de l’universel, non, elle enfante des bouleversements qui nous changent » . Le combat politique s’immisce pleinement au cœur dispositif touffu et apportant de la confusion, peut-être à bon escient. Le public éprouvant une perte de repères, voyageant à travers une multitude de tableaux hétéroclites, de va-et-vient entre les époques et les cultures, doit alors trouver son propre chemin pour sortir la tête de l’eau et provoquer l’émulsion et l’action.

On a de l’histoire, de la littérature, de l’histoire des idées, de la musique, de la poésie, etc. On a le plaisir d’avoir une étude historique de ces écrivains (Césaire, Sedar Senghor, Damas, Chamoiseau, Glissant, Aragon, etc.) autant que d’entendre leurs textes trop peu diffusés. On peut d’ailleurs penser que la meilleure façon d’aborder un sujet aussi monumental est de poser ses différentes implications, ses effets. Les comédien·nes sont également très bon·nes. La mise en scène réussit le tour de force d’être à la fois efficace et également très poétique, évocatrice. Mais l’effet de cette transversalité, peut être aussi l’accumulation qui parfois noie le texte, et nous livre une vérité déjà un peu digérée…

Médiatrice et scriptrice :  Isabelle Vesseron, médiateur : Mathieu Huot

Spectacle Nous sommes de ceux qui disent non à lombre, Cie Nova, jusqu’au 31 mars à 21h à La Loge
CRÉATION LA LOGE 2016-2017
Auteurs : Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas, Léopold Sédar Senghor, Langston Hugues, Louis Aragon, Patrick Chamoiseau, Édouard Glissant, Michèle Lalonde, Léonora Miano, Alicé Carré et Margaux Eskenazi
Montage et conception : Alice Carré et Margaux Eskenazi
Mise en scène : Margaux Eskenazi
Avec : Armelle Abibou, Yannick Morzelle, Christophe Ntaka, Raphael Naasz, Eva Rami
Dramaturgie : Alice Carré
Lumières : Mariam Rency
Costumes : Sarah Lazaro

 

 


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