RENCONTRES TRANSVERSALES // J’ai proposé à mon ami de faire un spectacle sur STRINDBERG

Le temps d’une nouvelle rencontre transversale,  trois regards se sont croisés et se sont mêlés  autour d’une  passionnante  discussion sur la pièce J’ai proposé à mon ami de faire un spectacle sur STRINDBERG. Retour sur un spectacle qui questionne, dérange et séduit.

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Je partais avec quelques a priori, dus à la démarche première du projet

: Je partais avec quelques a priori, dus à la démarche première du projet. Il s’agissait de créer un méta-spectacle. Un spectacle fait par des acteurs, au sujet des acteurs… pour des acteurs ? Quelques expériences de ce genre de formes m’avaient parfois laissées « en dehors ». J’avais un peu peur que ce spectacle ne me parle pas à moi, qui ne suis pas actrice.

Le spectacle débute par un monologue. Et quel monologue ! Damien Houssier se lance brillamment dans une discussion de lui (acteur) à lui (metteur en scène) ou à lui (autre acteur). Premier moment et soulagement : méta-spectacle donc, mais qui par le biais de l’humour réussit à inclure le spectateur – le non-initié -, dans les méandres, les hésitations, les propositions avortées, les confrontations inhérents au travail de plateau.L’espace de jeu resserré encadré par le public selon une installation bi-frontale favorise un sentiment d’intimité et l’adhésion du spectateur. Une bonne introduction, légère et juste, à ce que c’est que de créer, à partir de rien ou presque, si ce n’est d’une volonté de créer.

Je ne sais pas trop  comment conceptualiser ce spectacle

E : Sur le moment ça ressemble à un  théâtre de chambre agréable. Je trouvais ça intéressant. Mais maintenant j’ai l’impression d’avoir été trimballé dans plein de choses, dans des essais. Je ne sais pas trop  comment conceptualiser ce spectacle, qu’est-ce que ça raconte ? Je ne  vois pas le quoi, le pourquoi et  le à qui ça s’adresse.

Leur maîtrise du jeu est indéniable et à saluer, de même que leur complicité apparente et ce, qu’ils interagissent ou non.

S : Ce qui se joue également sur le plateau c’est un duo d’acteurs : Maxime Kerzanet – porteur du projet – et Damien Houssier. Leur maîtrise du jeu est indéniable et à saluer, de même que leur complicité apparente et ce, qu’ils interagissent ou non.  En électrons libres, se rencontrant de temps en temps, ils passent l’heure que dure la pièce à épingler les codes du théâtre (omnipotence du metteur en scène, égo de l’acteur, vacuité des phrases toutes faites échangées à la fin des représentations, etc.), toujours du point de vue de l’acteur. Le tout sur un rythme décousu, tour à tour lascif ou névrotique, traduisant les névroses et lassitudes des (du ?) comédiens. Cette structure se plaît à bousculer le public à la fois dans ses habitudes de spectateur et de manière littérale puisque le spectacle contient de nombreuses adresses directes, le replaçant dans sa position d’Autre, à l’extérieur du discours qui se joue. Conséquence de quoi, on peut parfois avoir l’impression d’un jeu autocentré dont nous serions les spectateurs accidentels.

Mb:   ou les otages …

Que questionnent-ils à travers cette déconstruction et que nous donnent-ils comme matière à repenser ?

M : Cette façon d’interroger la théâtralité pose beaucoup de questions. Que questionnent-ils à travers cette déconstruction et que nous donnent-ils comme matière à repenser ? On entre dans la question philosophique de ce qu’est le théâtre, la direction d’acteur, le relationnel, mais la forme proposée ne m’aide pas à dépasser un certain nombre de constats que je connais déjà. Je comprends la volonté de déconstruire, mais je n’ai pas eu le sentiment de renouveler mon questionnement sur l’acte de faire du théâtre à l’issue de la représentation.

: J’ai ressenti un manque de vertige. On est toujours à la frontière. Cette frontière est-elle volontaire, conceptualisée dans leur travail?

: Finalement, Strindberg apparaît plus comme un prétexte à la réflexion théâtrale qu’à un véritable « spectacle sur Strindberg ». La grande maîtrise technique des deux comédiens fait de ce spectacle un bel exercice pratique d’interprétariat et d’improvisation – puisque aucune des représentations n’est identique à la précédente – tout en délivrant une vision du milieu du point de vue de l’acteur.

M : Peut être que cette maîtrise des comédiens empêche justement le vertige : s’il s’agit de questionner le vide et les moments où on ne sait ni quoi ni comment faire théâtralement, il est peut être nécessaire de lâcher plus encore la technique et le savoir-faire.

Par ailleurs, travailler sur un auteur questionne l’endroit du désir pour cet auteur. Ici, j’ai parfois eu l’Impression d’être face à  des gens qui n’ont pas trouvé leur désir. J’ai eu du mal à percevoir comment ce qu’ils déconstruisent est en lien avec Strindberg. Il me manque peut-être l’endroit où j’arriverais à relier ce qui s’invente sur le plateau avec cet auteur.

La joyeuse équipe des Rencontres Transversales

J’ai proposé à mon ami de faire un spectacle sur Strindberg – Compagnie 36 Eleusis


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