LIVRE // Tristesse de la terre

La rentrée littéraire 2014 a été riche en « biopics » littéraires et romans biographiques, très à la mode cette année. Parmi eux, « Tristesse de la terre » d’Eric Vuillard :  cette pépite littéraire, au style précis et délicat, dresse le portrait du cow-boy Buffalo Bill et au passage, révèle quelques fragments de notre Histoire, de l’invention du spectacle à la destruction d’un peuple.

Tristesse de la terre, Eric VuillardA travers le récit de la carrière du plus célèbre cow-boy et plus particulièrement de son fameux spectacle – le Wild West Show -, Tristesse de la terre retrace la naissance du show business et les débuts du divertissement de masse tel que nous le connaissons actuellement. Avec beaucoup d’empathie, Eric Vuillard évoque également le sort des populations opprimées, massacrées et meurtries, contraintes à l’exil et à la misère, comme ces Indiens d’Amérique obligés de rejouer sur scène, dans une mise en abîme cruelle et désolante, leur propre génocide pour le plus grand plaisir d’un public avide de sensations fortes et heureux d’apercevoir d’authentiques Peaux-rouges.

 

C’est cela le public. Il faut lui inventer des trucs sans cesse. Il veut une représentation jamais donnée, un spectacle fou qui n’existe pas. Il veut la vie elle-même, toute la vie.

Les flocons tourbillonnaient autour des morts, légers, sereins. Ils se posaient sur les cheveux, sur les lèvres. Les paupières étaient toutes constellées de givre. Que c’est délicat un flocon ! On dirait un petit secret fatigué, une douceur perdue, inconsolable.

Transformée en spectacle rentable, l’Histoire de la conquête de l’Ouest est totalement réécrite, revue et corrigée – entre autres pour les besoins du merchandising – en faveur des colons glorifiés, au détriment bien entendu des Indiens, ridiculisés et humiliés, qui assistent une seconde fois à leur massacre. Véritable plaidoyer contre la société de spectacle et l’exploitation des hommes, le livre décrit avec érudition et sensibilité, la formidable contribution de Buffalo Bill à l’Histoire de notre civilisation.

Le spectacle tire sa puissance et sa dignité de ne rien être.

Il en faut bien, pourtant, des Indiens, si l’on veut que le spectacle ait lieu. Mais le public est là pour les haïr, il est venu pour les regarder et les haïr.

L’écriture de Vuillard, à la fois belle et grave, donne beaucoup de profondeur et de poésie au sujet de son livre. Tristesse de la terre, loin de n’être qu’une biographie, est avant tout un hommage sincère et poignant à tous les opprimés et miséreux de nos sociétés, ceux qui rendent si triste la terre.

Dans chaque cimetière, il y a une division pour les pauvres, un petit carré mal entretenu, recouvert d’une lourde trappe, sans croix, sans nom, sans rien. Quelque fois, un galet est posé par terre, un bouquet sec, un prénom est tracé à la craie sur le sol, une date. C’est tout. Il n’y a rien de plus émouvant que ces tombes. Ce sont peut-être les tombes de l’humanité. Il faut les aimer beaucoup.

Céline.

Tristesse de la terre. Une histoire de Buffalo Bill Cody, Eric Vuillard, Actes Sud, 2014


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