THEATRE // Viejo, solo y puto

A partir d’une mise en scène enracinée dans la désolation de l’arrière-boutique d’une pharmacie aux étagères à moitié vides, l’argentin Sergio Boris nous immerge, durant à peine plus d’une heure, dans la poétique trash d’un bas-fond argentin. « Viejo, solo y puto », au théâtre La Commune jusqu’au 29 janvier.

Viejo, solo y puto

« Nous faisons du théâtre et nous croyons que le théâtre contient tout. »

Avec un réalisme cru, tant visuel que temporel, le metteur en scène pour qui « l’acteur poétique » doit proposer « un langage fait de multiples couches simultanées » pose un éclairage blafard sur un monde décadent où les échanges entre deux frères, propriétaires de l’officine, un représentant médical et ses deux amies travesties en quête d’hormones, dérapent, et se vident de sens au fur et à mesure qu’ils s’énoncent. Ici, le langage comme le mouvement des corps semblent n’avoir qu’une seule finalité : faire vaciller une tension qui revient par vagues incessantes du côté de la légèreté.

Dans cet espace labyrinthique, les corps occupent une place centrale et permettent à Sergio Boris de « raconter la vie dans le vice et l’amour ». Car dans ce « théâtre de la vie » qui prend forme un samedi soir au cœur de Buenos Aires, ces corps qui produisent du désir, de l’argent – avec la prostitution – mais aussi l’espoir d’une transformation – avec les injections d’hormones – portent en eux les désirs de toute humanité.

« Nous avons improvisé pendant deux ans à partir d’hypothèses de travail afin de construire un récit où le temps, l’espace, les sonorités, l’expressivité multiple de chaque personnage, la conscience musicale du tout, soient le centre d’une accumulation dramatique dans le jeu des acteurs. »

La pièce est soutenue par cinq excellents comédiens – Patricio Aramburu, Jorge Eiro, Marcelo Ferrari, Dario Guersenzvaig, Frederico Liss – avec une telle justesse que nos sens épousent les tensions sonores de ces puissantes voix argentines, et s’accordent à ce rythme temporel et musical si particulier jusqu’à ce que la lumière s’éteigne et efface cette vision sordide.

Marie

Les citations de Sergio Boris sont extraites de l’entretien recueilli par Eric Demey et publié dans le journal La Terrasse de janvier 2015.

Viejo, solo y puto, mis en scène par Sergio Boris, au théâtre La Commune à Aubervilliers, jusqu’au 29 janvier 2015, spectacle argentin en espagnol surtitré.


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