THEATRE // Schizophonies – Partition impossible

Du 29 mars au 1 avril, la compagnie le Don Des Nues est de retour à la Loge avec l’une de ses créations : Schizophonies / Partition impossible. La pièce écrite par la metteure en scène Morgane Lory explore l’univers intérieur et s’installe aux confins de la conscience.

Schizophonies, DDN, 2015

Comment exprimer son monde intérieur ? Comment nommer l’expérience subjective ? Qu’est-ce que l’autre en comprend ? Comment partager le monde de sensations qui submerge tout un chacun ? Que risque-t-on à ouvrir son intériorité ? Que sous-tendent les discussions apparemment banales ? C’est autour de ce vaste questionnement, qui a le mérite de s’adresser et de parler à tous, que se sont réunis les membres de la compagnie.

Surmontant le défi que pouvaient poser la mise en scène et la mise en corps de cette partition impossible, Julien Crépin, Nadège Sellier, Sergueï Ryschenkow et Geoffroy Vernin parviennent avec brio à nous emporter dans leur univers pour nous orienter vers le point de rencontre entre le soi et les autres, vers cet Entre fait de vide et de plein. Le ballet qui s’engage entre la perception du corps singulier – tant dans l’instant présent que dans l’épaisseur que lui confère le temps -, et le corps social, envoûte progressivement le spectateur qui entre dans la danse et vacille à son tour au rythme vibratoire de la perception, celle de l’autre et la sienne propre.

Dans ce théâtre à l’image du monde actuel tel qu’on le connaît, c’est-à-dire hyper-connecté, la création sonore de Matthieu Canaguier, la scénographie et la vidéo d’Ophélie Bignon ainsi que les jeux de lumière de Nicolas Ameil viennent soutenir et compléter la poétique du texte. Un harmonieux patchwork artistique qui se diffuse de façon parcellaire dans la tête d’un spectateur immergé qui tire les fils et suit, au rythme de sa plongée dans la pièce, comme dans son propre for intérieur, la façon dont chaque personnage déploie ou contraint son moi intérieur.

Pendant 1h20, on picore, on prend, on tire un fil et on le suit. On le laisse nous dévoiler le monde intérieur qu’il anime. Mais aussi, parce qu’ici c’est permis, voire recommandé, on s’évade :

« Disons plus exactement que le fait de les écouter, les regarder
provoquent d’autres choses,
Ailleurs en vous

Des échappées
Des interstices
Et ces voies mystérieuses, à la lisière, ces voies indicibles
Ne pas les suivre
Ce serait se priver de ce qui fait sans doute l’essentiel
L’essentiel de ce qui nous réunit
Le fondement
Etre ici pleinement c’est accepter
de s’en abstraire
Et ce faisant vous êtes encore plus pleinement
Présents
délicieux paradoxe »

Et si la démarche semble s’éloigner du questionnement politique, que l’on retrouvait dans la dernière création de la compagnie (Ce que l’histoire ne dit pas) au profit d’un souffle exclusivement poétique, c’est en fait pour mieux s’y ancrer car observer le point de rupture entre le soi et le monde extérieur, c’est proposer des pistes, prendre le temps de composer avec l’être intérieur pour lui trouver une place à la fois physique et intellectuelle dans la société.

On ressort de là un peu sonné mais fortifié de ces fragments d’âmes qui se superposent pour mieux embrasser la multiplicité humaine. On vous recommande chaudement !

Marie

Schizophonies / Partition impossible, texte et mise en scène de Morgane Lory, création sonore de Matthieu Canaguier, création Lumière de Nicolas Ameil, scénographie et vidéo d’Ophélie Bignon, avec Julien Crépin, Nadège Sellier, Sergueï Ryschenkow et Geoffroy Vernin, La Loge (Paris 11e), du 29 mars au 1 avril 2016, Compagnie Le Don des Nues DDN.

 


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