THEATRE // Répétition de P. Rambert (regards croisés, 3/3)

Avec sa dernière pièce Répétition, Pascal Rambert nous plonge dans un vertigineux voyage et invite, le temps de la représentation, à laisser tomber la focale par laquelle nous observons le monde pour mieux l’appréhender.

Répétition, copyright Marc Domage

Façonnée à la manière d’un kaléidoscope, la pièce construit une situation qui se dessine sous nos yeux au rythme des vibrations d’énonciation et des variations de point de vue.

Sur scène, Audrey Bonnet, Emmanuelle Béart, Denis Podalydès et Stanley Nordey jouent Audrey, Emmanuelle, Denis et Stanley. Deux couples, quatre amis : un groupe de quatre personnes en train de répéter une pièce dans un gymnase.

Tout part d’un regard, de la densité d’un regard qui vient briser l’équilibre, faire éclater l’harmonie du groupe en autant de prismes différents, divergents. A partir de ce regard, chaque membre, constitutif de cette « structure » en train d’imploser, va livrer, l’un après l’autre, l’un à partir de l’autre, sa vision de la situation. Ouvrant ainsi, à chaque prise de parole, un monde qui se déploie, prend du relief et fait résonner, du plateau au spectateur, sa propre vérité.

En situant le théâtre dans le théâtre, le dramaturge laisse libre court à une réflexion abyssale sur le réel et la vérité. A partir de ces quatre visions d’une même situation, une structure fractale prend forme et avec elle surgit, à la façon d’un stéréogramme, un monde où le réel, celui moral d’Audrey, charnel d’Emmanuelle, créateur de Denis, et organisé de Stanley, se révèle être une somme d’encastrement « d’énergies singulières » où la vérité se dévoile sous ses multiples facettes.

Au-delà de la multiplicité du réel, ce que donne à entrevoir la pièce, c’est surtout ce vide médian d’où jaillit le monde, celui que chacun voit naître depuis sa focale et s’attache à faire résonner dans celle des autres. Répétition invite à arrêter notre regard non plus seulement sur ce qui est, mais sur ce qui se passe « entre », entre Audrey et Emmanuelle, entre Audrey et Denis, entre Denis et Emmanuelle, entre Stanley et Denis, entre Stanley et Emmanuelle, entre Stanley et Audrey. Car, pour approcher la réalité, il est bien souvent nécessaire de regarder, à l’instar de Pascal Rambert, la part de fiction qui se joue entre les gens, entre les choses.

Une belle posture en cette période de grisaille !

Marie.

Répétition, de Pascal Rambert, avec Denis Podalydès, Emmanuelle Béart, Stanislas Nordey et Audrey Bonnet, au Théâtre de Gennevilliers jusqu’au 17 janvier 2015


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