THEATRE // Pourquoi les comédiennes sont casse-couilles

Dans le cadre du festival fragments, Morgane Lory et la compagnie le Don des Nues ont présenté au T2G les 12 et 13 novembre une intéressante et innovante étape de travail autour d’une conférence performance. Combinant propos théorique et autofiction, la compagnie questionne la figure féminine au théâtre, celle de l’actrice et celle de l’autrice.

Pourquoi les comédiennes sont casse-couilles

C’est à un sujet pas facile que s’attaque ici l’autrice, metteuse en scène et actrice, Morgane Lory. En effet, comment parler d’un sujet aussi sensible que celui de la pratique du métier de comédienne sans tomber dans les écueils que recèle la question sur le genre ?

« Dans notre langue française (ce sont là des exemples grossiers), je suis astreint à me poser d’abord en sujet, avant d’énoncer l’action qui ne sera plus dès lors que mon attribut : ce que je fais n’est que la conséquence et la consécution de ce que je suis »
Roland Barthes, leçon inaugurale de la chaire de sémiologie littéraire du Collège de France, prononcée le 7 janvier 1977

En choisissant de faire état du cheminement qu’emprunte la pensée singulière pour se fondre dans la théorie, Morgane Lory ne prétend pas résoudre cette vertigineuse question mais entamer un travail de recherche à partir d’expériences personnelles qu’elle déploie au plateau.

Autour d’un dispositif abyssal, seule sur une scène a priori vide, l’actrice, en charge de l’autofiction, engage son corps pour déployer l’épaisseur des pensées réflexives et poétiques à l’origine d’une conférence théorique, Pour en finir avec la mascarade. Tandis que ce discours qui se veut scientifique résonne sur  scène par intermittence, des SMS projetés au mur ouvrent sur l’intime, le fragile moteur de l’écriture, le lieu du désir.

En laissant parler des fragments de femmes qui l’habitent : l’épouse, la mère, la metteuse en scène, l’autrice, l’actrice, en croisant différents matériaux d’écriture, Morgane Lory donne à voir les mouvements d’une pensée qui se construit. Cette pensée, très clairement personnelle, dans laquelle on se retrouve ou pas, mais dont on sait d’où elle vient, est suffisamment ample et sincère pour mettre en partage la trace des différents états du soi.

Une posture dans laquelle s’insèrent totalement la bande son de Matthieu Canaguier, la lumière de Marinette Buchy et bien sûr la vidéo d’Ophélie Bignon qui, dans cette esthétique scénique du vide, investissent l’espace en favorisant les transitions d’univers et en incarnant leurs fluctuations. Ils comblent ainsi parfaitement le vide parfois laissé par une comédienne qui oscille entre désincarnation et incarnation, formalisme et organicité…

« L’autofiction c’est une mise en scène. » nous dit Serge Doubrovsky

Chez Morgane Lory, l’autofiction devient un fascinant mouvement de balancier qui, en une invite quasi hypnotique à dialoguer avec l’histoire personnelle, la sienne, la nôtre, se heurte au corps liminaire,  dans un va-et-vient, du singulier au général, du général au singulier…

On espère revoir ce travail très bientôt sur la scène théâtrale !

Marie

Conférence/performance Pourquoi les comédiennes sont casse-couilles ?
Conception & jeu: Morgane Lory
Création sonore: Matthieu Canaguier
Scénographie & vidéo: Ophélie Bignon
Création lumière: Marinette buchy
L’intégralité de la conférence est disponible sur le site de la compagnie Don des nues
La conférence sera reprise dans TIERS-COUILLE – Où il sera question de celles qui nous les brisent, aux marges des villes, peut-être Nadège Sellier & Morgane Lory les 18 Novembre à 19H00 / 19 Novembre à 19H00 / 20 Novembre à 19H00 à la Loge


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