THEATRE // Le retour du nazi

La pièce Le nazi et le barbier, adaptation du roman culte d’Edgar Hilsenrath, revient à la Manufacture des abbesses du 1er au 15 décembre. Ne passez pas à côté de cette farce grinçante et déconcertante, prodigieusement efficace pour révéler toute l’horreur de la Shoah et de la montée du nazisme.

Publié aux Etats-Unis en 1971 où le roman rencontra immédiatement un vif succès, le Nazi et le Barbier fut assez mal accueilli par les éditeurs allemands, qui virent d’un très mauvais œil l’usage de l’humour noir et de la dérision dans l’évocation d’un sujet aussi sensible que l’holocauste. En France, il fut réédité en 2010 par les éditions Attila qui donnèrent une seconde vie à cette pépite littéraire.

Le Nazi et le barbier est un roman schizophrénique dans lequel le héros « Max Schulz, fils illégitime mais aryen pur souche », bourreau et génocidaire nazi, est amené à tuer son meilleur ami juif, Itzig Finkenstein. Après la guerre, afin de sauver sa peau, il usurpe l’identité de ce dernier et s’enfuit en Palestine où il épouse totalement la cause juive en devenant un sioniste militant et un bon soldat d’Israël. Sur un ton burlesque, tantôt cru, tantôt cynique, peuplé de personnages insolites et grotesques, le roman évoque la bêtise humaine, l’embrigadement des esprits et la montée des extrêmes, mais Hilsenrath nous parle aussi et surtout de rédemption, de pardon et de devoir de mémoire.

L’adaptation du roman d’Edgar Hilsenrath était un pari osé mais David Nathanson fait preuve de beaucoup de talent pour restituer avec justesse l’humour dérangeant et la puissance tragique du livre. Seul sur scène, dans un décor minimaliste, il joue tous les personnages, en changeant de voix et de costumes, du génocidaire Max au fils du barbier Itzig en passant par la mère grasse et obèse du héros.
Si le roman est un véritable coup de poing, la pièce n’en est pas moins percutante. Pour certaines scènes clés de l’histoire, David Nathanson parvient même à sublimer le texte ; on retiendra les boulettes d’aigreur et de frustration que le discours d’Hitler permet à une foule galvanisée et en attente de jours meilleurs de recracher collectivement. Mais aussi la scène finale et effroyable où il est temps pour le héros génocidaire de rendre des comptes à un Dieu qui admet ne pas être autorisé à juger les crimes qu’il n’a pu empêcher.

Céline.

Le Nazi et le barbier, d’Edgar Hilsenrath, adaptation et jeu de David Nathanson, mise en scène de Tatiana Werner, du 1er au 15 décembre au théâtre de la Manufacture des abbesses, 7 Rue Véron, 75018 Paris

Le Nazi et le barbier, Edgar Hilsenrath, Editions Attila, 2010


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