THEATRE // Homériade

Expérience poétique, mythologique et identitaire, « Homériade » est un spectacle qui atteint le spectateur dans la simplicité du dispositif et le caractère essentiel de ses questionnements. Seul en scène, Charles d’Oiron donne à entendre la partition de Dimitris Dimitriadis construite en trois mouvements :  Ulysse, Ithaque et Homère.

Homeriade ©Dorian JudeLe triptyque proposé par Dimitriadis pose dans la lignée d’Heiner Müller la question de la réinvention perpétuelle des mythes : leur existence, leur persistance n’étant rendue possible que par leur actualisation dans l’imaginaire des artistes et des individus, qui siècle après siècle, continuent de nourrir un rapport intime et problématique à des questions atemporelles. Ici c’est évidemment le rapport à la terre natale et à l’impossible retour que pose l’Odyssée, transposée dans le flux et le ressac énigmatique, à la fois minéral et maritime du poète contemporain.

 Si la personnification de la Terre en contrepoint du point de vue du héros permet de matérialiser l’antagonisme entre l’homme et son appartenance à un territoire, dans sa dimension filiale, amoureuse, conflictuelle – c’est pourtant la dernière partie du triptyque, dans son écriture comme dans sa forme théâtrale qui retient particulièrement l’attention.

 Charles d’Oiron offre au spectateur une adresse très subtilement flottante : une présence simple, jamais démonstrative, jouant des aller-retour possibles entre la pure prise en charge d’une langue : c’est à dire d’un corps traversé, par un rythme, des images, une scansion – et la possibilité de projection de figures mythiques, via le filtre d’un comédien dont on n’oublie jamais qu’il est notre contemporain, notre semblable.

 Or quand à l’issue du deuxième mouvement, l’acteur ouvre malicieusement une brèche pour renvoyer aux spectateurs la question de leur identité propre, c’est un petit vertige existentiel, tel que seul le théâtre peut en provoquer, qui nous saisit précisément à l’endroit profond, inlassable du récit homérique : à la croisée de Qui suis-je ? et Je suis Personne, il y a la figure d’Homère, l’Auteur, le fondateur de civilisations, par la poésie et l’imaginaire partagé. Un nom qui n’est lui même qu’un mythe de plus – une persona – une figure sans visage offerte aux fantasmes et aux réappropriations infinies.

 Dans sa forme, on ne peut que louer l’effort de simplicité et notamment l’utilisation parcimonieuse de la vidéo qui accompagne avec justesse la structure du triptyque et intensifie le déplacement onirique et le trouble identitaire sur lequel se conclue ce spectacle.

Morgane Lory, auteure et metteure en scène (Cie DDN), membre du Collectif Open Source

Homériade, de Dimitris Dimitriadis, création collective, conception et jeu : Charles d’Oiron, collaboration: Nicolas Grosrichard, Maxime Franzetti, François Acker, illustration : Dorian Jude, création et régie lumière : Thibault Petit, régie son : Nicolas Grosrichard.

Pièce présentée dans le cadre du Festival Préliminaires, au Carreau du Temple, lundi 25 mai, 21h.

 

 


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