LA MOUETTE // Théâtre

La mouette de Tchekhov, tragédie aux thèmes universels au T2G

Jusqu’au 19 janvier, l’une des pièces les plus connues d’Anton Tchekhov est jouée au théâtre de Gennevilliers. Une adaptation contemporaine et sombre, d’une grande maîtrise et servie par des comédiens brillants.

La mouette, adaptation d'Arthur Nauzyciel

La mouette, adaptation d’Arthur Nauzyciel

Arthur Nauzyciel a choisi le tragique et la noirceur pour mettre en scène les destins inexorables des personnages de la célèbre pièce de Tchekhov. Le sol est recouvert de sable noir sur lequel les personnages tour à tour s’enfoncent, glissent ou s’étalent de tout leur long. Le décor est froid, constitué d’éléments gigantesques et métalliques ; c’est un décor de fin du monde qui fait écho à l’apocalypse que le personnage Konstantin évoque dans sa propre pièce.

Sur scène, avant le début du spectacle, le film des frères Lumière L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat est projeté en boucle : on y voit un quai où circulent des voyageurs, pressés de se retrouver et qui se précipitent vers leur vie, celle qui les attend. Bien vivants au moment de la scène, ce sont aujourd’hui des fantômes que la projection en boucle fait courir désespérément comme pour leur permettre d’échapper à leur destin.

Une introduction parfaite à la pièce qui commence avec les mots d’Arkadina « Je suis une mouette » avant que tous les personnages n’apparaissent avec un masque de mouette dissimulant leur tête, comme autant de clowns tristes. S’ensuit une danse légère et enjouée dans laquelle les personnages se croisent, s’entremêlent et se touchent, à l’image de leurs trajectoires tragiques et de leurs rendez-vous manqués.

Tout le long du spectacle et en live, le chanteur et musicien folk anglais Matt Elliott accompagne les scènes de ses mélodies fragiles et éthérées, tandis que la musique douloureuse et envoûtante du duo franco-israélien Winter Family amplifie la mélancolie et la tristesse qui émanent de la pièce, au début et à la fin de celle-ci.

Le metteur en scène a fait le pari de la lenteur et de la langueur (3h40 avec entracte !) pour exprimer les drames qui se nouent sous nos yeux. Cette adaptation noire et  tourmentée, qui efface pratiquement toute la légèreté de Tchekhov, est terriblement efficace pour évoquer avec beauté et douleur les thèmes universels de l’amour, des désillusions et des déceptions. Une véritable réussite pour le plus grand plaisir du public qui savoure du théâtre pur, éclatant et vibrant !

C.C.

La mouette, d’Anton Tchekhov, mise en scène et adaptation d’Arthur Nauzyciel

Théâtre de Gennevilliers, 41 avenue des Grésillons, 92230 Gennevilliers

A écouter : Winter Family et Matt Elliott

 

 


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