EXPO // Le Front populaire en photo

1936, le Front populaire en photographie. L’Hôtel-de-Ville de Paris accueille jusqu’au 23 juillet une expo photo retraçant les grandes étapes de l’emblématique mouvement social.

Gaston Paris / Roger-Viollet

A travers l’oeil de futurs grands noms de la photographie, tels Cartier-Bresson, Capa, mais surtout Chim (David Seymour de son vrai nom), Fred Stein ou encore Willy Ronis, la ville de Paris propose ainsi de revivre les grandes heures du Front populaire. On commence quelques années plus tôt, à partir de 1929, avec leurs travaux, moins politiques, mais tout aussi sociaux, montrant la misère dans les rues de Paris, ou bien les travailleurs en action. Soudeurs, cheminots, livreurs de journaux. Si certaines professions ont disparu, le message porté par ces oeuvres reste criant d’actualité : la misère sociale dans les rues, les professions éreintantes, raisonnent telles un écho au contexte social actuel. C’est, disons-le d’office, le sentiment ressenti quasiment tout le long de l’exposition.

1934-1936

Avant le Front populaire, il y a eu le 6 février 1934, rassemblement massif des droite et extrême-droite de France, dans un contexte de montée générale du fascisme en Europe. L’alerte sonne comme un déclic pour les gauches, socialiste et communiste, qui après 14 ans de rupture, se rassemblent pour faire front commun, jusqu’à la victoire aux législatives, en 1936, et la consécration de Léon Blum. Démarre alors la grève générale, qui débouchera sur les accords de Matignon, accordant de nombreuses avancées sociales aux employés, dont la plus emblématique reste bien évidemment les congés payés. A travers l’exposition, on accompagne les travailleurs sur leurs piquets de grève, dans leurs usines, où la bonne humeur et la détermination illuminent les visages. Un peu plus loin, c’est la joie de découvrir la mer, d’avoir du temps pour soi, qui rejaillit sur les visages des néo-vacanciers. On comprend comment une telle révolution sociale, payer les gens à ne pas travailler, a pu transformer l’économie comme la société, ne serait-ce qu’en démocratisant le maillot de bain, ou développant un réseau d’auberges de jeunesse.

Les lendemains qui déchantent

Si le Front populaire représente une grande avancée sociale, cette période n’est en rien toute rose : déchirements quant à l’attitude à adopter vis-à-vis de la guerre d’Espagne, répression meurtrière de militants communistes, suicide du ministre Roger Salengro sous pression calomnieuse de l’extrême-droite, accords de Munich, difficultés économiques : la République sociale de Léon Blum est de plus en plus cernée par les ombres qui s’apprêtent à engloutir l’Europe, et le gouvernement du Front populaire s’effondre en 1938, alors que les réfugiés d’Espagne affluent à la frontière.

Le bain de soleil, Pierre Jamet

Ces événements, vus à travers l’oeil de ces photographes renommés, et malgré une scénographie pas toujours évidente, donnent, avec force, à réfléchir sur le chemin que prend notre société aujourd’hui. Comment ne pas penser, en voyant les réfugiés espagnols arriver en France, aux réfugiés actuels ? Les uns comme les autres suscitant autant de générosité que de rejet de la part de leurs contemporains. Comment, en pensant aux revendications des grévistes de 1936, qui n’avaient rien d’évidentes à l’époque, ne pas penser aux enjeux sociaux actuels ?

Pour pousser la comparaison, il aurait été intéressant que l’exposition traite des arguments des opposants au Front populaire, et en premier lieu du patronat, qui auraient donné une autre perspective sur les débats d’aujourd’hui. C’est peut-être l’unique manquement, difficile à combler dans une expo photo, de cette exposition riche, instructive et intellectuellement stimulante.

Bruno Decottignies, blog

Le Front populaire, Hôtel-de-Ville de Paris (Paris 4e) tous les jours sauf dimanche et jours fériés, jusqu’au 23 juillet, gratuit.


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