FESTIVAL // Summer of loge #3

Partenaire du festival « Summer of Loge », qui finit cette semaine, le collectif Open Source s’était donné pour but de faciliter les rencontres sur un plan artistique entre les compagnies. A l’heure du bilan, le « Summer of Loge » 2016 continue de nous étonner par la diversité des propositions artistiques. Cette semaine, « Épuisement des voies amiables » (Nicole Genovese & Thibaud Croisy) et « D’une chanson l’autre » (Joachim Salinger) constituent deux gestes artistiques presque opposés dans leur prise de parole.

Rencontre-discussion avec les équipes artistiques du Summer of Loge, animée par le Collectif Open SourceD’une chanson l’autre est un solo écrit, joué et mis en scène par Joachim Salinger. Une touchante mise à nu intérieure qui, en allant d’une chanson qu’il exècre à une chanson qu’il adore, permet d’interroger son rapport au réel : celui d’une année politiquement dévastatrice, mais aussi d’événements politiques anciens (1989 et les révolutions, ou plus simplement les motifs de révolte, de colère, de joie, de tristesse). C’est presque déjà un spectacle abouti, dans la forme comme dans la construction. Même les maladresses sont à garder, précieux témoins d’une fragilité bien humaine. Un acte entier, généreux, qui donne et dit un point de vue personnel. Le spectateur n’a pas vraiment ici la place de se faire le sien, mais peu importe, on est embarqué.

Au contraire Épuisement des voies amiables joue sur le doute, le trouble, la distance toute cérébrale avec le spectateur. Une conférence-spectacle sur le langage de la communication qui, tout en faisant entendre des points de vue, des idées, ne les incarne jamais vraiment et revendique un « second degré ». Impossible de savoir ce que les artistes pensent ou croient vraiment : il ne s’agit pas pour eux de se dévoiler, mais de questionner. A l’inverse de Joachim Salinger qui nous embarque (et nous impose) ses agitations intérieures avec vigueur, Nicole Genovese et Thibaud Croisy nous laissent plutôt froids et distants, mais livrés à une sorte de jeu amusé de questionnements dans une forme de détachement.

Rencontre-discussion avec les équipes artistiques du Summer of Loge animée par le Collectif Open SourceCertaines équipes furent indifférentes à notre démarche de mise en lien, elles en ont bien le droit : on ne peut forcer une rencontre. Surtout prises dans l’urgence de la dernière ligne droite de leur création. Mais, comme nous le disait Laurent Bazin lors de la première rencontre proposée, « Ce ne sera jamais le bon moment, et c’est pourtant essentiel ». Peut-être aussi que l’habituelle solitude, l’individualisme et la mise en compétition des artistes restent difficiles à muter en processus de rencontre, d’échange, d’émulation, de soutien mutuel. La Loge, en cette fin de festival, est pour l’instant encore le miroir de ce qu’est plus globalement la création théâtrale française : un vivier gigantesque, au potentiel énorme, mais qui s’ignore. Pourtant cette expérience fut, à bien des moments, une ressource enthousiasmante et vivifiante. Il en ressort le plaisir de cette mise en lien et de pouvoir discuter avec d’autres sur des processus de travail (plutôt que seulement juger des résultats). Comme le disait une des actrices du festival : « Ca fait du bien de pouvoir mettre des mots sur ce qui a été vécu. » Nous sommes persuadés qu’il faut ouvrir le champ de ces rencontres à tous les acteurs de la création, artistes, lieux culturels et spectateurs – et à vous aussi, lecteurs, qui pouvez ici nous faire part de vos réactions ou réflexions en commentant cet article.

Le collectif Open Source

Summer of Loge #6, festival du théâtre de la Loge, 77 rue de Charonne, Paris 11e, du 1er au 18 juillet 2015


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