CINÉMA // Fais de beaux rêves & Hedi

Que l’on soit italien ou tunisien, on n’échappe pas à l’amour d’une mère envahissante… Deux films, Fais de beaux rêves de Marco Bellocchio et Hedi de Mohamed Ben Attia sortis ces jours-ci le confirment pleinement mais d’une façon diamétralement opposée.

Fais de beaux rêves, de Marco BellocchioMarco Bellocchio choisit de parler de l’absence d’une mère par des allers-retours entre passé et présent. Turin 1969, Massimo, un jeune garçon de neuf ans, perd sa mère dans des circonstances mystérieuses. Devenu adulte, Massimo reste hanté par son passé.
Au début du film, Massimo (Nicolo Cabres) fait ses devoirs, fasciné par sa mère qui chantonne un tube passant à la radio quand soudain elle se met à pleurer sans raison. Mais la mère reprend vite ses esprits pour faire danser son fils. Ce premier moment donne immédiatement la couleur du film qui naviguera entre légèreté et tristesse incontrôlable.
Massimo adulte (Valerio Mastandrea) deviend journaliste pour traquer la vérité, qu’on lui a refusée enfant. S’il est toujours en déplacement, c’est pour éviter d’affronter le quotidien quitte à sacrifier sa vie de couple. Son mal-être le poursuit jusqu’à Sarajevo, en temps de guerre, où il se reconnaît en cet enfant qu’on déplace, pendant qu’il joue, à côté du corps de sa mère morte afin de faire une photo.
Le réalisateur livre un film puissant avec un montage très sobre. Si Fais de beaux rêves peut entrer dans le panthéon des films italiens sur le même sujet comme L’incompris de Comencini ou encore Mamma Roma de Pasolini, il le doit aussi à l’ensemble des comédiens, tous remarquables.

Le film Hedi de Mohamed Ben Attia dresse le portrait d’une mère étouffante à travers l’histoire de son fils. Hedi (Majd Mastoura) passionné de dessin travaille sans conviction chez Peugeot et laisse sa famille prendre les décisions à sa place. Hedi habite Kairouan où le printemps arabe n’a guère laissé de traces si ce n’est une parole plus libérée. Néanmoins, sa mère continue de régenter sa vie comme le veut la tradition sans qu’il y trouve à redire. Alors que sa mère prépare activement son mariage, il tombe amoureux d’une femme indépendante et est tenté de prendre sa vie en main pour la première fois.
Le réalisateur décrit une veuve gérant la famille comme une entreprise. Les séquences à Kairouan donnent le sentiment qu’Hedi voit les événements comme une fatalité, ainsi il lui faudra s’éloigner de sa mère pour s’affranchir des conventions sociales et vivre les mutations de la société tunisienne. Mohamed Ben Attia choisit un filmage académique pour cet éveil à l’amour et à la liberté.
Le film offre l’occasion de découvrir un très bon comédien, Majd Mastoura, dans le renouveau du cinéma tunisien.

Salih B.

Fais de beaux rêves, drame de Marco Bellocchio, avec Valerio Mastandrea, Bérénice Bejo, Guido Caprino (28 décembre 2016)
Hedi, un vent de liberté, drame tunisien de Mohamed Ben Attia, avec Majd Mastoura, Rym Ben Messaoud, Sabah Bouzouita (28 décembre 2016)

 


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