EXPO // Hip-hop, du Bronx aux rues arabes

L’Institut du monde arabe accueille jusqu’au 26 juillet une exposition consacrée à l’histoire du mouvement hip-hop, depuis New York au début des années 1970 jusqu’au Printemps arabe.

Exposition hip-hop, IMA

Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, l’histoire du mouvement hip-hop méritait bien une expo, pour comprendre comment est née et a évolué cette lame de fond, qui a transformé les cultures populaires, la musique bien sûr, mais aussi la danse, la mode et les paysages urbains.

Tout commence en 1973 dans le sud du Bronx, un des quartiers les plus pauvres de la grosse pomme. Pour l’anniversaire de sa soeur, Afrika Bambaataa, gangster local, utilise sa platine pour mixer des disques de jazz et de funk en pleine rue. C’est la première block party, session hip hop improvisée en pleine rue. Le concept plaît aux danseurs, notamment les breaks introduits par le dj, qui leur permettent de caler leurs chorégraphies sur le rythme. Rapidement, les dj’s se font plus nombreux, et, logique de gang oblige, organisent des battle où le vainqueur est généralement le dj ayant le soundsystem le plus puissant, accélérant ainsi l’inventivité et l’appropriation des technologies de l’époque, pour mixer ses morceaux.

Pour animer ces sessions, un autre personnage s’impose : le maître de cérémonie, ou mc. Très vite, son rôle prend de l’importance, ses textes sont travaillés et allongés, pour s’installer pour de bon par dessus la musique. Le rap est né, et va s’expatrier rapidement, véhiculant avec lui les autres mouvances du hip-hop : la danse, le graffiti, les baskets, et une mentalité bien particulière incarnée par l’organisation montée par Afrika Bambaataa : la Zulu Nation.

Un mouvement pacifiste

De cette époque, l’exposition Hip-hop, du Bronx aux rues arabes traite à merveille : le profane y comprendra enfin quelque chose, le fan y retrouvera ses petits, le réfractaire se réconciliera avec un mouvement véhiculant encore aujourd’hui de nombreux clichés. Ce n’est pas de la vraie musique ? La vidéo de démonstration d’utilisation d’une platine de mixage vous fera gagner en respect pour les dj’s. Cette culture propage un égocentrisme de mauvais aloi ? Il faut lire la loi fondamentale de la Zulu Nation, pour comprendre à quel point le hip hop est, à l’origine, un mouvement collectif imposant des règles strictes de non-violence à ses membres, coercitives au point de paraître un brin liberticides. Nul doute que la plupart des visiteurs auront les yeux écarquillés en lisant la lettre d’Afrika Bambaataa aux membres français de la Zulu Nation, leur exprimant son indignation quant aux graffitis réalisés dans le métro parisien, l’un des plus beaux du monde selon lui, méritant un respect qui ne s’applique pas à celui de New York.

L’expo se poursuit avec l’arrivée en France du hip-hop dans les années 1980 : la danse dans les terrains vagues aux alentours de Stalingrad à Paris, les premières émissions de radios, les premiers rappeurs français, officiant d’abord en anglais. Et l’âge d’or du rap français, à Marseille bien évidemment, qui deviendra un point de référence, pour la qualité de son son.

Da Arabian Mc’s

Plus au sud, le hip-hop aussi séduit la jeunesse désoeuvrée. La pauvreté et l’exclusion trouvent le même défouloir à Rabat ou Beyrouth qu’au Bronx ou à Marseille. Présent au Maroc dès les années 1980, le hip-hop va, notamment via des échanges avec la scène française, s’imposer en Algérie, en Tunisie, en Libye, en Égypte, au Liban, en Palestine. Et si aux USA, c’est le jazz et le funk qui ont été principalement remixés par les premiers dj’s du mouvement hip-hop, dans les pays arabes, c’est les musiques et chants traditionnels qui donneront au hip-hop oriental son authenticité. La paire de Nike s’y porte avec le keffieh. Le graffiti trouve naturellement dans ces pays, à la culture calligraphique pluriséculaire, un écho particulier. Là où le non-dit est souvent de mise, l’écrit prend une place non négligeable.

Le succès du hip-hop découlant souvent d’une crise identitaire, c’est logiquement qu’il s’implantera fortement au Liban, mais surtout en Palestine. En 2001, le groupe palestinien DAM (Da Arabian Mc’s) connaît un succès mondial avec son morceau Qui est le terroriste ?. Le groupe s’attache à décrire la frustration d’être un citoyen de seconde zone lorsqu’on est Palestinien, et la violence de la drogue, qui ravage son pays. La construction du mur entre Israël et la Cisjordanie, au cours des années 2000, donnera aux graffeurs de Palestine et d’ailleurs l’occasion d’exprimer leur consternation sur un support grand format.

L’intitulé de l’exposition aurait pu faire croire à une programmation centrée sur le hip-hop dans les pays arabes, mais il n’en est rien. Elle s’attarde largement sur la naissance du mouvement, et c’est tant mieux. Elle nous présente également de façon détaillée sa transposition en France, et c’est là encore très instructif. Ceci dit, elle déçoit peut-être un peu par la place réduite qu’elle accorde au hip-hop des rues arabes, et notamment du hip-hop pendant le Printemps arabe. On aurait apprécié un traitement plus développée de cette partie, car la plus originale, quitte à sacrifier un peu des deux précédentes.

Bruno Decottignies, https://brunodecottignies.wordpress.com

Hip-hop, du Bronx aux rues arabes, à l’Institut du monde arabe (Paris 5e), jusqu’au 26 juillet 2015


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