CINEMA // Tapei story

En mai 2000, le festival de Cannes décerne le prix de la mise en scène à Yi Yi d’Edward Yang. Le grand public découvre alors la nouvelle vague taiwanaise tandis que les cinéphiles connaissent déjà le talent de ce cinéaste à travers notamment le magnifique A brighter summer day. La sortie, pour la première fois, de Tapei Story (1985) confirme qu’Edward Yang a produit une œuvre remarquable avant de mourir prématurément à 59 ans.

L’histoire de Lon (Hous Hsiao Hsien) et de Chin (Tsai Chin) commence sur une séparation immédiatement suivie par une scène de retrouvailles. Lon part aux Etats-Unis puis revient à Tapei pour retrouver Chin, son amour de jeunesse. Bien plus qu’une simple histoire d’amour, le film nous donne à voir le lent processus de délitement du couple.

Edward Yang commence par des scènes banales entre les deux héros, laissant les plans s’étirer au maximum. Mais dès que Chin perd son travail, sa relation avec Lon devient de plus en plus compliquée et le film plus intense. Chin a du mal à comprendre Lon qui ne fait rien pour se faire aimer davantage. Une séquence symptomatique annonce les incompréhensions futures. Lorsque Chin rentre très tard d’une soirée, elle aimerait que Lon lui demande des explications au lieu de quoi il reste silencieux. Le mal-être des personnages nappe le film d’une tristesse qui déteint sur tous les personnages.

Le réalisateur ne choisit pas la facilité avec une mise en scène tout en langueur pour nous entraîner vers un spleen entêtant. Il est grandement aidé par son personnage féminin très complexe, campé avec subtilité par Tsai Chin. Quant au personnage de Lon, Hou Hsiao Hsien (scénariste du film avec Yang) le rend aussi beau qu’émouvant.

Tapei Story est un film qui demande un peu de patience au spectateur mais finit par l’embarquer vers un plaisir indéniable.

Salih B.

PS : Il n’est pas trop tard pour aller voir Loving de Jeff Nichols, sorti depuis le 15 février. Le film avant d’être une histoire vraie sur le racisme est d’abord un grand film d’amour. Cette relation entre un blanc et une noire est servie par une mise en scène digne du cinéma américain des années 70. Les deux rôles principaux sont portés par de superbes comédiens que sont Joel Edgerton et Ruth Negga. Cette dernière joue de ses regards comme peu d’acteurs savent le faire.


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