CINEMA // Propriété privée

Chaque été est l’occasion de de redécouvrir un film oublié ou sous-estimé à sa sortie. Propriété privée, magnifique film en noir et blanc, de Leslie Stevens cumule les deux.

Propriété privée, Leslie Stevens (1960)L’histoire concoctée par Leslie Stevens installe une atmosphère malsaine du début à la fin. Deux marginaux, Duke (Corey Allen) et Boots (Warren Oates), remarquent une élégante femme blonde dans une belle voiture blanche. Ils décident de la suivre jusqu’à chez elle. Celle-ci habite une villa cossue de Los Angeles. Par chance, la maison d’à côté est inoccupée et les deux hommes décident de s’y installer pour épier Ann (Kate Manx), leur nouvelle voisine, qui passe ses journées au bord de la piscine à attendre son mari. Duke veut offrir Ann à son copain Boots. Pour réussir son plan, il va proposer ses services de jardinier afin de pénétrer dans la villa d’Ann…
Le réalisateur de Propriété privée, protégé d’Orson Welles, se révèle dans ce film noir, tourné dans les années 60 avec peu de moyens et en seulement dix jours. La mise en scène doit beaucoup à des choix très personnels comme ces plans en contre-plongée où la lumière joue un grand rôle.
Leslie Stevens a resserré son histoire sur le désir et sur l’incompatibilité entre les différentes classes sociales. L’atmosphère sulfureuse tout au long du film, comme ces moments où Ann prend le soleil sous le regard des deux hommes, rend le film irrespirable par moment. Duke et Boots calés sur un canapé face à la fenêtre donnant sur la villa d’Ann, sont aussi voyeurs que nous spectateurs.
Le film n’épargne pas non plus la nouvelle bourgeoisie américaine qui ne pense qu’à consommer plutôt que de vivre autrement. Le mari d’Ann pense que sa femme est heureuse puisqu’elle a tout le confort matériel et quand Duke apparaît, c’est toute la frustration de cette femme qui lui fait perdre la tête. La naïveté d’Ann et ses désirs refoulés l’entraîneront vers le drame.
Cet inquiétant thriller doit beaucoup au trio de comédiens, parfait dans leur jeu sans grands effets, et surtout à la performance de Kate Manx (épouse du réalisateur). Warren Oates débutait une carrière qui l’emmènera vers les films de Sam Peckinpah jusqu’au chef d’œuvre qu’est  Macadam à deux voies de Monte Hellmann.

Salih B.

PS : Depuis quelques mois, le flot de réfugiés arrivant en Europe nous émeut puis on passe à autre chose. Nathalie Loubeyre avec son film La mécanique des flux a voulu donner un visage à cette détresse. Avec ce documentaire, elle est partie à la rencontre de ces migrants en route vers l’Europe. Le film est bouleversant malgré sa prise de distance et ce montage parallèle, avec d’un côté les réfugiés et de l’autre le système de répression mis en place en Europe. Un documentaire engagé mais juste et nécessaire.


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