CINEMA // Par amour

La Revue Bancal a toujours soutenu la culture transalpine. c’est pourquoi nous sommes plutôt bienveillants à l’égard des films italiens même de ceux qui ne sont pas des chef-d’œuvres comme Par amour de Giuseppe M. Gaudino. Celui-ci mérite pourtant qu’on s’y attarde car il met en relief tout le talent de la grande actrice Valeria Golino.

Par amour, 2016Anna (Valeria Golino) vit à Naples. C’est une femme fragile, prisonnière de ses devoirs familiaux et de son rapport fusionnel avec ses trois enfants. Elle a laissé sa vitalité s’éteindre lentement mais rêve d’ailleurs et d’amour. L’offre d’un travail stable et la possibilité de se sentir à nouveau aimée, lui donneront des ailes pour enfin voler d’elle-même…

Dans ce rôle de mère courage, Valeria Golino utilise chaque partie de son corps quinquagénaire pour retranscrire toutes les émotions de son personnage. Les beaux yeux de Golino n’ont jamais aussi bien joué que dans ce film. Pour signifier à son mari qu’il doit quitter la maison familiale, un battement de cils suffit à dépeindre toute la lassitude au sein de ce couple et la violence de leurs échanges.

Le réalisateur abuse parfois d’effets de style comme les images récurrentes en couleurs, surgissant au milieu d’un beau noir et blanc, pour bien souligner que tout la détresse d’Anna était déjà inscrite dans son passé. Mais la mise en scène met en valeur l’approche corporelle du jeu de son interprète principale et c’est grâce à cela que le film reste intéressant jusqu’au bout.

Valeria Golino promène son talent entre les Etats-Unis et l’Europe depuis plus de trente ans et les succès de Rain man (1988) ou de Respiro (2002) prouvent que le grand public l’a adoptée. Mais peu de cinéastes ont utilisé son art à son optimum. Le prix d’interprétation décroché à la dernière Mostra de Venise devrait donner des idées aux grands cinéastes en manque d’inspiration.

Salih B.

PS1 : à l’origine du film L’académie des muses de José Luis Guerin, il y a le cours, à Barcelone, du philologue Raffaele Pinto où il est question de troubadours, de l’amour, de Lancelot et Guenièvre… Lorsque le réalisateur a accepté de filmer ce cours, il s’est vite avéré que le langage pouvait pousser le réel vers la fiction. Le professeur comme ses étudiantes seraient leur propre personnage de fiction face à la proposition de Raffaele Pinto de créer une académie de muses comme pendant l’antiquité. L’hypothèse, que les femmes d’aujourd’hui devraient être les muses de notre temps, capables de renforcer la sensibilité des hommes à la beauté pour en faire des poètes et leur permettre de communiquer avec le royaume des morts, ne laisse pas indifférent. Tout le film va mettre en scène quatre des étudiantes et la femme du professeur face à cette curieuse idée. On ne s’ennuie pas une seconde face aux joutes verbales où le langage donne « un film d’action parlée » qui nous promène d’Espagne jusqu’en Italie.

PS2 : beaucoup plus terre à terre, le monde paysan montré par Volta a terra du portugais Joao Pedro Placido. Le film n’est pas un documentaire vu mille fois sur le monde agricole. A Uz, hameau montagnard du nord du Portugal vidé par l’immigration, subsistent quelques dizaines de paysans. Alors que la communauté se rassemble autour des traditionnelles fêtes d’août, le jeune berger Daniel rêve d’amour. Mais l’immuable cycle des quatre saisons et les travaux des champs reprennent vite le dessus… Le réalisateur suit Daniel dans son travail quotidien sans parti-pris ni jugement moral. On découvre un jeune portugais qui aime sa vie et son village malgré la dureté de sa condition. Les longs plans fixes nous émeuvent par la beauté et la simplicité d’un monde en train de disparaître.


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