CINEMA // Nothingwood

Documentaire saisissant sur le réalisateur le plus célèbre et prolifique d’Afghanistan, Nothingwood nous fait vivre les tournages surréalistes de Salim Shaheen accompagné de sa troupe de comédiens excentriques et extravagants. Un film passionnant sur un passionné de cinéma qui a réalisé plus de 110 films dans un pays qu’il a presque toujours connu en guerre.

La fin de projection de Nothingwood, réalisé par Sonia Kronlund à Cannes. Salim Shaheen et son équipe.

Ni Hollywood ni Bollywood mais Nothingwood car, contrairement aux premiers, les films afghans sont fabriqués à partir de rien ou de pas grand chose. Kitsch à mort avec un sens du grotesque assumé (?), les films de série Z de Salim Shaheen séduisent par leur fraîcheur, leur spontanéité et la capacité de l’équipe à ne pas se prendre au sérieux. Dans ce pays marqué par la guerre, les attentats et la succession de régimes liberticides, ces amoureux de cinéma incarnent une force et une forme de résistance incroyables. Véritable star nationale, Salim Shaheen est un esprit libre qui exprime dans ses films son optimisme et sa détermination à assouvir coûte que coûte ses rêves.

Enfant, Salim Shaheen s’enfuit régulièrement de chez lui pour voir des films en cachette dans le cinéma de son quartier. Que ses parents et ses frères l’attendent à son retour pour le battre ne le dissuadera jamais d’y retourner le lendemain. Enrôlé dans l’armée soviétique, il échappe aux balles ennemies en se couchant près des cadavres, technique de survie qu’il a apprise dans les films. Le cinéma le sauve ainsi pour la première fois. Connaissant sa passion, son commandant lui offre une caméra pour le récompenser ; alors commence sa longue carrière de cinéaste.

Légers et déjantés, tournés à la va-vite, avec de la musique, des chansons et des danses, des histoires d’amour et des cascades, les films de Salim Shaheen retracent son enfance, racontent sa propre histoire et celle de son pays, et ainsi reconstituent une vie dédiée au cinéma.

Salim Shaheen ne recule devant rien, n’a peur de rien, pas même de tourner plus de 110 films dans un pays en guerre et qui ne possède pas d’industrie cinématographique. Ne cède devant aucun obstacle, ne craint ni les mines ni les kalachnikovs. Car le réalisateur veut bien mourir si c’est Dieu qui l’a décidé, avant de se reprendre et de se dire prêt à mourir… pour le cinéma.

Céline

Nothingwood, documentaire de Sonia Kronlund, avec Salim Shaheen (mai 2017)

 

 


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