CINEMA // L’ornithologue

Le cinéma portugais est formidable. Voilà un petit pays frappé par une crise économique sans précédent mais qui parvient à faire émerger des cinéastes aussi originaux qu’iconoclastes tels que Pedro Costa, Miguel Gomes ou encore João Pedro Rodrigues. Ce dernier est entrain de réaliser une œuvre fascinante dont le dernier opus L’ornithologue est à l’affiche actuellement.

L'Ornithologue (2016)

Fernando (Paul Hamy), un ornithologue à la recherche de spécimens rares de cigognes noires, se laisse surprendre en kayak par les rapides et échoue inconscient dans son propre sang…

Passant de documentaire animalier à road movie, le film entraîne notre héros à la rencontre de chinoises catholiques cherchant le chemin de Compostelle, un berger muet au nom de Jésus ou encore des amazones venues de nulle part. Autant dire que le périple de l’ornithologue est semé d’embûches plus ou moins farfelues.

Le réalisateur est aussi déroutant que Fernando, son personnage principal. Déroutant parce qu’il n’hésite pas à changer de route tout au long du film sans que l’on sache où l’on va. Fernando part à la recherche des oiseaux en effectuant un trajet physique mais aussi existentiel. Cela donne un film étrange et halluciné comme possédé par une mystique religieuse incarnée par Saint-Antoine qui revient sans cesse sous différentes apparences.

João Pedro Rodrigues choisit de livrer deux points de vue : celui de son héros mais aussi celui des oiseaux observés par l’ornithologue. Le film navigue entre le western et le road movie sauvage à travers de nombreux plans larges mettant en évidence le paysage traversé. La musique de Séverine Ballon (que nous avons rencontrée ici) participe au climat hypnotisant du film.

Par l’intermédiaire d’une chanson des années 80 venant clore le film, on comprend « qu’être ensemble, c’est aussi être seul et qu’en amour, il faut garder sa solitude…. » Ce film se mérite et, si on ne lâche pas prise, nous embarque pour un beau voyage de deux heures.

Salih B.

L’Ornithologue, drame portugais de João Pedro Rodrigues, avec Paul Hamy, João Pedro Rodrigues, Han Wen (novembre 2016)

PS : La cinémathèque rend hommage au grand cinéaste italien Marco Bellocchio. Ce réalisateur politique, au sens large et populaire du terme, construit depuis cinquante ans une œuvre intelligente et accessible à tous. Parmi tous ses films récents, il faut voir Buongiorno, notte, Le sourire de ma mère ou encore Vincere. Quant à ses films plus anciens, outre le sulfureux Le diable au corps, on ne peut pas rater son premier Les poings dans les poches, film plein de rage et d’espoir avec un Lou Castel magnifique.


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