CINEMA // Certains parisiens, certaines femmes

Le territoire intéresse certains cinéastes bien plus que la dramaturgie de leur film. Le groupe de hip-hop français La Rumeur, avec Les derniers parisiens, et l’américaine Kelly Richards, avec Certaines femmes, ont chacun à leur manière réussi à enrichir leur espace géographique avec des personnages habités d’une grande solitude.

Les derniers parisiens, La rumeur, 2017Les deux compères de La Rumeur, Hamé Bourokba et Ekoué Labitey, ont choisi de suivre Nas (Reda Kateb, toujours aussi excellent) à sa sortie de prison. Celui-ci retrouve son quartier avec ses copains et son frère Areski (Slimane Dazi qui mérite un prix à chaque film) tenancier d’un bar.  Nas aimerait se refaire une santé financière en utilisant le bar de son frère mais ce n’est pas si simple… Nas veut reprendre une vie normale avec sa copine sauf que celle-ci a quitté la France, le laissant seul avec ses démons. Malgré lui, Nas est obligé de replonger dans son ancienne vie.

On sent dès le début du film l’empathie des réalisateurs pour leur personnage principal. Les derniers parisiens donne à voir un quartier populaire dont les habitants ont du mal à comprendre la mutation. La caméra, constamment en mouvement, ne lâche pas les personnages franco-algériens, toujours à s’embrouiller pour un oui ou pour un non. La mise en scène en privilégiant les acteurs au détriment de la beauté de l’image rend le film très vivant.

Les réalisateurs de La Rumeur auraient pu être comparés à Scorsese pour la description de cette communauté parisienne mais pour cela ils auraient dû se concentrer sur leurs personnages principaux et secondaires (nombreux dans le film) et oublier la poésie de bazar (les séquences avec le SDF par exemple). Néanmoins, le film est une réussite rare sur un quartier peu filmé et avec des personnages très crédibles.

Certaines femmes, 2017Certaines femmes de Kelly Richards fait la part belle aux femmes, héroïnes de trois histoires différentes et en même temps semblables. Le film s’inspire de nouvelles de l’écrivaine américaine Maile Meloy pour dresser le portrait de quatre femmes dans leur quotidien.

Laura Welles (Laura Dern), avocate défend un homme accusé de violences conjugales. Elle essaie de raisonner son client mais sans succès car pour lui, elle reste une femme qui ne comprend pas les hommes. Gina Lewis (Michelle Williams) est une épouse active, flanquée d’une adolescente en pleine crise existentielle. Elle participe activement à la vie du ranch pour essayer de trouver sa place, sans que sa famille se soucie d’elle. Jamie (Lily Gladstone) est une fermière célibataire travaillant durement dans son ranch. Un soir, elle assiste un cours du soir donné par la jeune professeure Elisabeth Travis (Kristen Stewart) dont elle tombe sous le charme.

Le film très lent laisse s’installer une certaine forme de douceur que l’on retrouve chez tous les personnages féminins et dans les magnifiques paysages du Montana. La condition de chaque femme relève d’une solitude particulière. L’avocate se reconnaît dans son client qui ne supporte pas d’être incompris. Gina, malgré la présence des siens, ne parvient pas à être heureuse de son sort et à trouver sa juste place. Quant à Jamie, elle ne sait comment formuler ses sentiments envers Beth et sortir de son désert sentimental.

La réalisatrice offre du temps et des jolis cadres à ses comédiennes qui parviennent à développer un spleen hypnotisant.

Salih B.

PS : A l’occasion de la sortie de Love streams de John Cassevetes, hymne à l’amour fraternel, la Filmothèque de Paris propose de revoir ses principaux films dont Une femme sous influence avec Gena Rowlands et Peter Falk (avant son rôle dans Columbo). Il faut courir voir ce chef d’œuvre, ne serait-ce que pour la scène où Gena Rowlands, dépressive, erre complètement paumée dans la ville avant d’être ramenée à la maison par Peter Falk, son mari.


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