CINEMA // Le suédois Bo Widerberg

L’année dernière la société Malavida a ressorti trois films de ce grand réalisateur suédois qu’est Bo Widerberg : « Adalen 31. », « Le péché suédois » et « Elvira Madigan ». Il faut bien dire que ces films sont passés inaperçus (même à la Revue Bancal !). Avec la sortie en mars « Amour 65. » et « Le quartier du corbeau », on a pu se rattraper.

Le quartier du corbeau, de Bo WiderbergBo Widerberg (1930-1997), anti-Bergman comme il aime à se définir lui-même, est plus proche de la nouvelle vague française que d’un cinéma suédois porté sur la psychologie bourgeoise. Comme Truffaut, il commencera par la critique avant de passer derrière la caméra et réalisera une dizaine de films.

Le quartier du corbeau (1964), son deuxième film, après le succès à Cannes de son premier Le péché suédois, est le plus autobiographique. Le film se déroule en 1936 dans un vieux quartier décrépi de Malmö, le fameux quartier du Corbeau. Anders, 18 ans, vit entre un père alcoolique et une mère qui se tue au travail. Son rêve est de devenir écrivain pour échapper à sa condition mais cela ne va pas sans sacrifices…

En plus d’être un hommage magnifique à la classe ouvrière, le film est surtout le portrait poignant d’un fils et de sa relation avec ses parents. Filmés dans un noir et blanc proche des photos de Walker Evans, les acteurs portent l’histoire à l’universel. Que ce soit Thommy Berggren (acteur fétiche de Bo Widerberg) dans le rôle du fils, Keve Hjelm (le père) ou Emy Storm (la mère),  chacun apporte sa part d’humanité dans cette sublime fresque sociale

Amour 65, de Bo WiderbergAmour 65, dont le titre fait référence à l’année de sa sortie, permet à Bo Wilderberg de réaliser un film expérimental autour de la création. Keve est un cinéaste, marié et père d’une petite fille, en panne d’inspiration. Comme chaque année, il organise une grande fête dans sa villa d’été, au bord de la mer avec tous ses amis et les habitants du village. Il laisse Ben Carruthers (dans son propre rôle), acteur principal de Shadows de Cassevetes, s’occuper de sa belle femme pendant qu’il la trompe avec la ravissante Eva Britt.

Bo Widerberg se permet une parenthèse dans sa filmographie avec ce film sur la liberté en amour comme au cinéma. On pense souvent à Fellini et son 8 ½ qui lui aussi faisait le portrait d’un réalisateur égoïste, infidèle et complètement déconnecté des réalités sociales. Le film est construit comme un morceau de free jazz, laissant l’impression que Keve Hjelm a beaucoup improvisé sur le tournage. Il n’en demeure pas moins que la maitrise technique de Widerberg en fait une œuvre unique sur la liberté dans les années 60.

On attend avec impatience la ressortie en fin d’année de Joe Hill pour continuer à (re)découvrir Bo Widerberg, grand cinéaste injustement oublié.

Salih B.

Amour 65,  drame suédois de Bo Widerberg, avec Keve Hjelm, Ann-Marie Gyllenspetz, Inger Taube (1965)

Le quartier du corbeau,  drame suédois de Bo Widerberg, avec Thommy Berggren, Keve Hjelm, Emy Storm (1964)


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