CINEMA // Kaili blues

La polémique du moment sur la mauvaise distribution des films dit « difficiles » ou d’art et d’essai a pour origine la sortie, dans seulement deux salles parisiennes, du film Kaili Blues de Gan Bi. Ce film chinois n’est pourtant pas un film difficile mais un véritable chef d’œuvre reposant sur une histoire simple et belle à la fois.

Kaili Blues, de Bi Gan 2016Pour résumer le problème, il faut savoir qu’il arrive assez souvent qu’une ou deux grosses productions monopolisent près de 80% des écrans français pour ne laisser que quelques salles aux autres films. Autant dire que ce système fait énormément de dégâts auprès de tous les films originaux bénéficiant de peu de moyens publicitaires. Le ministre de la culture doit, depuis plusieurs années, réglementer cette situation mais on attend encore !

Chen (Yongzhon Chen, formidable et tout en douceur) est aide-soignant dans une petite clinique de Kaili. Il a perdu sa femme lorsqu’il était en prison. Il s’occupe de Weiwei, son neveu, qu’il aimerait adopter. Lorsqu’il apprend que son frère a vendu Weiwei, Chen décide de partir à sa recherche…

Chen, dénué de toute méchanceté, traverse le film comme un somnambule et l’on est transporté avec lui, entre présent et futur, sans jamais s’ennuyer une seconde. La caméra vit au rythme des émotions de notre héros comme dans ce plan magnifique où l’écran vacille avec Chen qui descend de sa moto. L’autre plan séquence, qui va rester dans les mémoires, dure plus de trente minutes et nous fait traverser le village de Dangmai comme si nous étions des fantômes au milieu des vivants sans que cela ne gêne personne.

Il est rare d’être aussi décontenancé sans pourtant se sentir abandonné par le réalisateur tant son film respire la tranquillité. C’est un grand voyage qui nous est proposé aussi bien mental que physique dans cette région tropicale de la Chine intérieure. C’est aussi une méditation sur le temps qui passe sans que cela soit mis en scène d’une façon hermétique. C’est une œuvre pleine de poésie que propose Gan Bi pour son premier long-métrage.

Ce jeune cinéaste épate par sa maîtrise formelle du cinéma et l’on ne peut s’empêcher de penser à Tarkovski et son film Stalker comme influence principale.

Salih B.

Kaili blues, drame chinois de Gan Bi, avec Feiyang Luo, Lixun Xie, Yongzhong Chen (23 mars 2016)

PS1 : Laurence Thrush est un cinéaste anglais atypique. Il part à Los Angeles pour faire du cinéma mais réalise son premier film De l’autre côté de la porte au Japon sur un fait de société bien local que sont les hikikomori (adolescents qui s’enferment dans leur chambre pendant des mois sans raisons particulières). Puis avant d’aller en Finlande filmer une école regroupant des sourds et des aveugles, il tourne Pursuit of loneliness près de chez lui. Entre fiction et documentaire. Pendant 24 heures, une infirmière, une assistante sociale et un enquêteur des services publics partent à la recherche de la famille de Cynthia, femme âgée morte anonymement dans un hôpital. Petit à petit il découvre sa vie remplie d’objets (syndrome de Diogène) mais vide de relations. Le film, en noir et blanc, nous fait vivre les dernières heures de solitude de Cynthia dans un Los Angeles désert et accablé par la chaleur. Il nous donne à voir et entendre, chose rare au cinéma, la prévenance avec laquelle chacun des acteurs sociaux s’acquitte de sa tâche vis-à-vis des autres. On est étonné par tant de bienveillance mise au service des autres. C’est un film sur le sens d’une vie. Que laisse-t-on derrière soi mis à part quelques objets ? Laurence Thrush a réalisé un film sincère, tout en finesse, qui nous touche profondément parce qu’au final il parle de chacun de nous.

PS2 : Evolution est un film fantastique réalisé par la française Lucile Hadzihalilovic d’une facture bien particulière. L’histoire de Nicolas, 11 ans, vivant avec sa mère sur une île peuplée uniquement de filles et de garçons de son âge. Chacun des enfants reçoit un mystérieux traitement. Nicolas commence à se poser des questions et décide de découvrir, avec l’aide d’une infirmière, l’étrange vérité sur cette île. C’est un film réussi qui navigue entre horreur et conte de fées avec des acteurs au diapason.

PS3 : quant à Good Luck Algeria de Farid Bentoumi c’est tout sauf un énième film sur la banlieue. En 2006, le frère du réalisateur a participé aux jeux olympiques d’hiver à Turin sous la bannière de l’Algérie alors qu’il vivait à Grenoble sans réelles attaches avec ce pays. Le film raconte cette épopée ; c’est une comédie drôle et chaleureuse sans prétention aucune si ce n’est d’éviter la mièvrerie et le manichéisme.

 


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