DOCU // In Jackson Heights

Il est fort probable qu’à la publication de cet article, In Jackson Heights ne soit plus à l’affiche que dans très peu de salles. Peu importe, c’est toute l’œuvre de Frederick Wiseman – 13 films disponibles en DVD – qui mérite d’être vue et revue. Elle comprend notamment son premier long Titicut Follies (1967) sur les conditions d’emprisonnement des criminels à la prison d’Etat psychiatrique de Bridgewater au Massachusetts et Welfare (1971) sur un bureau d’aide sociale à New York et sur l’Amérique des marginaux.

In Jackson Heights

Connu et reconnu pour être le plus grand documentariste sur les institutions, Frederick Wiseman s’est laissé, pour une fois, séduire par un quartier de New York – Jackson Heights dans le Queens. Pendant plusieurs mois, il a vécu dans ce quartier, s’est fondu dans le paysage, sans jamais être dans le décor, pour donner un film fluide de plus de trois heures.

Ce qui rend fascinant ce quartier, c’est sa population composée d’hommes et de femmes venus des quatre coins du monde et parlant plus de 160 langues différentes. Frederick Wiseman suit, sans voix off ni interviews, les habitants dans leur vie associative, culturelle et politique. Ce qui fait la force de son cinéma, c’est la patience et la tendresse portées aux sujets filmés, qu’il s’agisse de transsexuelles comme de religieux intégristes. On perd sa place de spectateur pour devenir un habitant de Jackson Heights. On participe à cet îlot de démocratie participative et l’on prend position dans la bataille qui oppose les petits commerçants et les nouveaux promoteurs cherchant à acquérir un bout de ce quartier new-yorkais encore peu touché par la surenchère immobilière. Un exemple de métissage réussi grâce à une grande tolérance entre populations et communautés comme le prouve ce lieu associatif qui accueille des juifs pratiquants, des musulmans et une section LGBT en toute harmonie.

Frederick Wiseman promène sa caméra dans cette utopie urbaine sans juger ses personnages. L’avidité des groupes immobiliers fait craindre la fin prochaine de cette société de la diversité au profit d’une population blanche à hauts revenus.

C’est un film généreux, triste et drôle qui nous fait découvrir une Amérique nouvelle composée uniquement d’immigrés.

 Salih B.

In Jackson Heights, documentaire américain de Frederick Wiseman (23 mars 2016)

PS : Au festival des 3 continents (voir ici) le film Mekong stories n’avait pas laissé indifférents les festivaliers et sa sortie, prévue le 20 avril, va permettre de confirmer un nouveau cinéaste vietnamien en la personne de Phan Dang Di. Dans un Saigon en pleine mutation, Vu est apprenti photographe, Thang vit de petits trafics et Van rêve de devenir danseuse. Réunis par le tumulte de la ville, ils vont devoir affronter la réalité. Les comédiens au jeu très physique donnent une grande crédibilité à cette histoire chorale. La mise en scène très sensuelle et énergique rend Mekong stories incontournable parmi le flot de sorties du mois. A voir d’urgence !


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