CINEMA // Grave

La réalisation du film Grave a certainement été pavée d’obstacles : Julia Ducournau, pour son premier long métrage, propose en effet un film d’horreur mettant en scène une jeune cannibale… Et pourtant le film est une vraie réussite aussi bien dans la réalisation que dans le scénario.

Grave, 2017

Justine (Garance Marillier), jeune étudiante précoce d’origine bourgeoise, rentre à l’école vétérinaire. Au cours du bizutage auquel tous les nouveaux sont confrontés, on la force à manger de la viande crue alors qu’elle est végétarienne. Un premier choc qui sera la révélation d’un instinct nouveau.

Après un début de film très soigné, la réalisatrice parvient à nous tenir en haleine tout au long du film. La première séquence se déroule sur une route déserte bordée de champs. Par un montage alterné, on découvre une jeune fille qui titube avant d’arriver sur ladite route alors qu’une voiture arrive au loin. Celle-ci ne peut éviter la fille qui s’est jetée sous ses roues. Le plan suivant nous emmène dans un restaurant d’autoroute où Justine déjeune avec ses parents. Cette séquence offre une pause sur le registre de la comédie jusqu’à ce que Justine rentre dans son école, située en pleine campagne. Le choix de mise en scène joue sur les alternances suspense, horreur, comédie sans que cela ne déséquilibre la narration du film.

Il est certain que Julia Ducournau n’est pas dupe en donnant le nom de Justine à son héroïne. Il s’agit de parler d’adolescence et d’éveil à la sexualité, sans le faire frontalement, mais par des symboles tout au long du film. Cela commence dès l’entrée des élèves aspergés de sang (hommage à Carrie de Brian De Palma et référence aux premières règles) et cela continue tout au long du film avec notamment la fameuse scène de l’épilation.

La sœur aînée de Justine est à la même école et se révèle encore plus dure qu’elle, un peu comme sa part d’ombre. La réalisatrice joue de ces deux personnages si proches et en même temps si différentes.

La jeune Garance Marillier, actrice fétiche de la cinéaste, porte le film de bout en bout et se révèle extraordinaire. Il ne faut pas sous-estimer pour autant la performance de Rabah Naït Oufella, dans le rôle d’Adrien, déjà excellent dans Nocturama de Bertrand Bonello.

Grave nous rappelle Trouble every day de Claire Denis. Avec le film Evolution de Lucile Hadzihalilovic sorti en 2016, les réalisatrices françaises ont décidément beaucoup à apporter au cinéma d’horreur.

Salih B.

Grave, drame franco-belge de Julia Ducournau, avec Garance Marillier, Ella Rumpf, Rabah Naït Oufella (mars 2017)


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