CINEMA // Ecrit sur du vent

L’événement cinématographique de la semaine est la sortie de Carol de Todd Haynes. Toute la presse a encensé le film et nous ne pouvons que rallier ce concert de louanges. Todd Haynes rend une fois de plus hommage à Douglas Sirk, après l’avoir déjà superbement fait avec Loin du paradis (2003) qui ressort aussi cette semaine. Les distributeurs font bien les choses puisque Ecrit sur du vent, certainement l’un des meilleurs films de Douglas Sirk, est visible depuis cette semaine sur les écrans français, dans une version restaurée.

Ecrit sur de vent, de Douglas Sirk

Alors qu’est-ce qui chez Douglas Sirk fascine tant de réalisateurs aussi différents que Fassbinder, Demy, Ozon… ? Certainement le réalisateur qui aura le mieux sublimé le mélodrame, sans tomber ni dans la guimauve ni dans la caricature. La preuve avec Ecrit sur du vent, un mélodrame flamboyant qui nous emmène jusqu’à la tragédie grecque.

Mitch Wayne (Rock Hudson), géologue, travaillant pour la famille Hadley, puissants industriels dans le pétrole, rencontre Lucy Moore (Lauren Bacall) jeune publiciste dont il tombe aussitôt amoureux. Il la présente à son meilleur ami, Kyle Hadley (Robert Stack) fils du magnat, qui la séduit et l’épouse dans la foulée. Mitch s’efface pour le bonheur de son ami déjà rongé par un sentiment d’infériorité et sous la domination de l’alcool. Marylee (Dorothy Malone), la sœur de Kyle, est amoureuse de Mitch depuis leur tendre enfance mais celui-ci la considère comme une sœur. Tout se passe bien pour le nouveau couple jusqu’au jour où Kyle apprend qu’il ne peut avoir d’enfant…

Douglas Sirk, avec cette tragédie familiale, montre la décadence d’une certaine bourgeoisie américaine qui se bat avec ses démons intérieurs. Chaque personnage est torturé et doit assumer, difficilement d’ailleurs, aussi bien sa passion que son secret. Les rapports humains sont brouillés par des turbulences du cœur et de l’âme humaine. Le film montre des hommes et des femmes avec leur cortège de frustrations, jalousies et de trahisons.

Sirk utilise d’une façon remarquable le technicolor et c’est une symphonie pour les yeux. La réalisation fluide, à base de plans fixes et champ-contre champ, se met au service d’un scénario béton. Rock Hudson (acteur fétiche) joue dans un registre subtil alors que Dorothy Malone pousse son personnage au maximum. Quant à Lauren Bacall et Robert Stack, nouveaux venus dans l’univers de Sirk, ils amènent le jeu classique hollywoodien et tout ça donne un chef d’œuvre qui n’a pas pris une ride.

Que peut le cinéma ? Nous donner du bonheur au moins pendant 1h40. Dans les prochaines semaines devraient sortir d’autres films de Sirk, ce qui devrait réjouir ses fans et, on espère, un large public.

Salih B.

PS : Pour ceux qui aiment les films fous et inclassables, nous conseillons fortement Gaz de France de Benoit Forgeard. Dans la France des années 2020, le président Bird (Philippe Katerine, énorme) n’a plus la côte. Son conseiller va y remédier en cherchant de nouvelles idées auprès d’un panel de français bien particulier.

PS2 : La chambre interdite de Guy Maddin (Réalisateur canadien) est encore plus frappadingue. L’équipage d’un sous-marin arrivera-t-il à sauver une demoiselle séquestrée par d’étranges créatures ? A quoi rêve la moustache d’un cadavre ? A quoi pense un volcan en éruption ? Et l’amour dans tout ça ?


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