CINEMA // Ce sentiment de l’été

La délicatesse au cinéma est si rare que l’on peut se demander si ce n’est pas un art trop difficile. Quand Mikhaël Hers s’y attelle, c’est toujours avec succès, comme ce fut le cas avec son premier long-métrage Memory Lane et comme il le prouve à nouveau avec Ce sentiment de l’été.

Ce sentiment de l'été, 2016

A Berlin, au cours de l’été, Sasha, une trentenaire dans la force de l’âge, meurt soudainement. Lawrence (Anders Danielsen Lie), son compagnon et Zoé (Judith Chemla), sa sœur opèrent un rapprochement pour soulager leur peine. Pendant trois étés et dans trois villes différentes (Berlin, Paris et New-York), ils tentent de survivre à l’absence de Sasha et de retrouver goût à la vie.

Un scénario risqué, mais Mikhaël Hers s’en sort très bien et ne tombe pas dans le piège du mélo lacrymal. Ce qui l’intéresse, et qu’il réussit bien, ce sont les moments en creux, de vide et de lassitude face à l’absence de l’être aimé. L’une des scènes emblématiques est celle où l’on voit Lawrence assis seul sur son lit comme un zombie juste après l’enterrement. Le cinéaste filme cette scène avec pudeur et sans artifice, alors que l’acteur est au bord des larmes.

En situant son film en été, le cinéaste rend plus évidente la tristesse intérieure des personnages. Car perdre un amour pendant les journées lumineuses de l’été rend probablement plus difficile le quotidien. Lawrence a besoin de se déplacer de ville en ville pour finalement atterrir à New-York. Quant à Zoé, elle finit par quitter son mari pour mieux se retrouver. Le film montre admirablement comment le véritable amour ne se dissout pas aussi facilement.

La mise en scène est tout en subtilité malgré une ou deux séquences un peu faciles qui viennent ralentir la symphonie de sensations. Les acteurs, rares sur nos écrans et tous excellents, méritent d’être cités tant il apportent leur écot à ce petit bijou : Anders Danielsen Lie (toujours aussi solaire après avoir déjà irradié le magnifique Oslo, 31 août) Judith Chemla (ancienne sociétaire de la comédie française que l’on a repérée dans Camille redouble), Marie Rivière et Féodor Atkine (acteurs rohmeriens qu’on ne présente plus et très justes dans leur rôle de parents compréhensifs) et Thibault Vinçon (acteur fétiche de Mikhaël Hers, parfait, comme mari prévenant).

Dans un tout autre registre et beaucoup plus proche de notre réalité sombre, le film de François Ruffin Merci patron ! est un documentaire décapant. Jocelyne et Serge Klur, licenciés de la société ECCE près de Valenciennes – délocalisée en Pologne -sont criblés de dettes et risquent de perdre leur maison. L’idée du réalisateur est de mettre Bernard Arnault, PDG du groupe LVMH, face à ses responsabilités et de le confronter à ses victimes. Accompagnés d’un inspecteur belge et d’une déléguée syndicale CGT, le groupe va traquer l’homme le plus riche de France afin qu’il « améliore » le plan social de la société ECCE. Cela s’apparente fort à un duel de David contre Goliath…

Le film réalisé par le créateur du journal alternatif d’enquête social Fakir n’est pas sans rappeler le film Roger et moi de Michaël Moore ; pourtant on est plus proche du thriller que du documentaire social. François Ruffin ne cherche pas à proposer un chef-d’œuvre de cinéma ou un film militant, mais avant tout une aventure humaine qui nous est montrée dans toute sa simplicité.

Le réalisateur espère que «les salariés vont retrouver une certaine fierté à appartenir à la CGT, la fierté d’être de ceux qui font basculer des situations, qui construisent des victoires ensemble… » C’est un film plein d’espoir qui fait du bien, surtout pendant cette période où l’on remet en cause  certains acquis sociaux hérités du Conseil national de la résistance de 1945.

Salih B.

Ce sentiment de l’été, drame franco-allemand de Mikhaël Hers, avec Anders Danielsen Lie, Judith Chemla, Marie Rivière (17 février 2016)

PS : Décidément le documentaire a le vent en poupe puisque sort dans la même semaine Dans ma tête, un rond-point, un film algérien de Hassan Ferhani dont le succès en festival lui a permis de récolter une moisson de récompenses (Grand prix au FID à Marseille, Prix du public aux Entrevues à Belfort, Prix du meilleur documentaire à Turin…). Le film se déroule dans le plus grand abattoir d’Alger et le réalisateur y suit des travailleurs qui se racontent sans tabous et avec humour : « Dans ma tête il y a un rond-point avec mille routes mais ma route je la cherche encore… » Un film drôle et poétique aussi envoûtant que Le Raï de Cheb Hasni.


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