CINEMA // The Assassin

Lors de sa présentation au Festival des 3 continents en 2015, The Assassin de Hou Hsiao Hsien a fasciné et ébahi le public nantais. A Cannes également, le jury préférant cependant lui décerner le prix de la mise en scène au lieu de lui donner la palme d’or…

15-1148_posterThe Assassin se déroule en Chine au IXe siècle à l’époque de l’empire Tang. Nie Yinniang (Shu Qi, féline et sublime), prénom qui veut dire femme cachée ou dissimulée, experte en arts martiaux, est chargée d’éliminer les tyrans jusqu’au jour où elle a pour mission d’assassiner son cousin et futur promis. Va-t-elle accomplir sa mission ou rompre avec « l’ordre des Assassins » ?

L’histoire peut paraître confuse pour un film de Wu Xia Pian (film de sabre chinois) et le rythme lent pour ceux qui s’attendent à voir un film d’action et des acteurs virevoltants, mais là n’est pas l’essentiel. Alors que faut-il penser de ce film aux multiples rebondissements chorégraphiés de main de maître ? Le film maintient le spectateur dans un état d’hypnose total en l’entraînant dans des contrées où la beauté domine, grâce aux décors et aux costumes, le tout en harmonie avec la gestuelle des acteurs. C’est pour cela qu’il est conseillé de voir deux fois le film : la première pour admirer la mise en scène dans toute sa beauté soyeuse et la deuxième pour saisir toute la subtilité de l’intrigue.

Le cinéma de Hou Hsio Hsien a d’unique et de particulier sa capacité à nous embarquer au cœur de ses personnages pour nous faire oublier notre statut de spectateur. On ressort de ses films avec mélancolie comme si l’on venait de passer quelques minutes avec une bande d’amis que l’on regrette déjà. Ce cinéaste est à découvrir pour toute sa filmographie émaillée de chefs-d’oeuvre comme Millenium Mambo, Good men, good women ou encore Goodbye South, Goodbye. La cinémathèque française n’est pas en reste puisque toute l’œuvre de Hou Hsiao Hsien sera projetée jusqu’au 31 mars 2016.

La revue Bancal se devait de rendre hommage à Chantal Akerman et l’occasion nous en est donnée avec les sorties simultanées de son dernier film No home movie et la reprise du très beau Letters home. Avec ces deux films réalisés à trente ans d’intervalle, Chantal Akerman, inventeuse de formes, donne une bonne idée de son talent de femme cinéaste.

Dans No Home Movie, la réalisatrice rend hommage à sa mère, décédée l’année dernière. Pendant près de deux heures et principalement dans l’appartement de sa mère, nous assistons à la complicité émouvante entre les deux femmes. A l’aide de longs plans fixes, on observe la vie qui s’échappe doucement de cette vieille femme juive, échappée des camps. Le film est une grande œuvre de cinéma qui, par sa mise en scène soignée, nous emmène loin du documentaire intime.

Letters home est la captation d’une pièce de théâtre mise en scène par Françoise Merle au MC93 en 1986 et dans laquelle dialoguent une mère et sa fille, jouées par Delphine et Coralie Seyrig. La pièce de théâtre est elle-même l’adaptation de la correspondance entre la grande poétesse américaine Sylvia Plath et sa mère Aurelia. Ce n’est pas que du théâtre filmé ; Akerman en se tenant au plus près des comédiennes, réussit un grand film d’amour.

Chantal Akerman aura marqué le cinéma par sa modernité et son apport féminin et féministe à la fois. Quant à moi, c’est à l’automne 82, avec le film Toute une nuit, que j’ai fait la découverte de cette grande dame. Dans ce long-métrage se déroulant durant une nuit caniculaire, la moiteur avait gagné la salle. Deux séquences de ce film sont gravées dans ma mémoire : le slow d’un couple sur une chanson de Véronique Sanson et un autre slow avec Aurore Clément sur une chanson italienne. Depuis j’ai suivi la carrière de celle qui a réalisé Jeanne Dielman 23, quai du commerce 1080 Bruxelles, le film qui a révolutionné une partie du cinéma.

Salih B.

The Assassin, film d’action taïwanais de Hou Hsiao-Hsien, avec Shu Qi, Chang Chen, Yun Zhou (9 mars 2016)

Letters home, drame français de Chantal Akerman, avec Coralie Seyrig, Delphine Seyrig (1986)

No Home Movie, documentaire français de Chantal Akerman (24 février 2016)


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