CINEMA // La voix et les mots

Deux films sortis récemment redonnent la parole aux mots sans que l’image en souffre. Avec A voix haute, les réalisateurs Stéphane De Freitas et Ladj Ly suivent, de la sélection jusqu’à la finale, le concours Eloquencia visant à élire le meilleur orateur de la Seine-Saint-Denis. Le réalisateur portugais Ivo M. Ferreira, pour son premier long-métrage Lettres de la Guerre, met en images les lettres d’Antonio Lobo Antunes envoyées à sa femme.

Les candidats, étudiants à l’université de Saint-Denis, sont préparés par des professionnels de la parole comme un avocat, un slameur ou un metteur en scène de théâtre. Ces élèves, venus pour la plupart de milieux populaires, vont être confrontés à la prise de parole en public tels des gladiateurs de la rhétorique.

Le film ne cherche pas à glorifier les banlieusards mais à mettre en évidence leur potentiel. Lorsqu’Elhadj, candidat ayant connu la rue, affirme que les mots lui ont donné la force de s’en sortir, ici c’est le combat contre le déterminisme social qui est pointé du doigt. Le film dénonce en filigrane le regard porté par la société sur la banlieue et ses habitants ayant du mal à se faire entendre par manque d’éloquence. Chacun de ces jeunes candidats possède une histoire particulière qui va de Leila, syrienne voilée qui adore Victor Hugo à Eddy qui marche dix kilomètres par jour pour venir à Paris et dont le père se bat contre un cancer.

L’émotion vient aussi bien de la dramaturgie choisie que de la personnalité de chacun des protagonistes. Ce film choral joue sur la performance orale pour nous réjouir d’être spectateur d’un monde où chacun a sa chance. C’est une bouffée d’air frais plein d’optimisme.

Les réalisateurs utilisent parfois les ficelles d’un suspense facile pour nous tenir en haleine mais malgré ce documentaire pourrait durer des heures tant on est séduits par ces candidats si attachants. Voilà un film qui laisse sans voix et plutôt en joie.

Jeune médecin, muté en Angola pendant la guerre coloniale qui a eu lieu de 1971 à 1973, l’écrivain Antonio Lobo Antunes ne cessera d’envoyer des lettres d’amour à sa femme durant son séjour africain.

Le réalisateur choisit de filmer dans un noir et blanc magnifique et soyeux des séquences africaines sans lien direct avec les lettres, lues en voix off par la femme de l’écrivain. On assiste à des scènes de militaires désœuvrés attendant l’ennemi qui viendra par intermittence. L’ennui et les soins à la population meublent les journées du jeune Antonio Lobo Antunes. Il en profite pour écrire son premier roman au milieu d’un Angola en voie de se libérer du joug colonial.

Petit à petit on se laisse envoûter par les paysages angolais et les personnages secondaires tels ce capitaine féru d’échecs et de littérature ou la petite angolaise adoptée par le médecin. La lecture des lettres d’amour, de plus en enflammées, nous berce durant tout le film.

La radicalité de la mise en scène peut rebuter plus d’un spectateur mais si l’on dépasse ce premier écueil alors le film devient un rêve éveillé par lequel on s’abandonne.

Salih B.

PS : Aurélien Recoing est un acteur rare dans le cinéma français, avec une filmographie riche de trente ans de carrière, qui bonifie les films auxquels il donne son talent. Qu’on se souvienne de son interprétation de Jean-Claude Romand dans L’emploi du temps de Laurent Cantet ou encore du père dans La vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche. C’est dire si Marine Place a eu le nez creux en embarquant cet acteur dans son premier long-métrage. Un film plein de bons sentiments qui se laisse regarder avec plaisir avec cette histoire d’un couple de bretons, obligés de se séparer de leur bateau de pêche, qui voient leur fille se tourner vers la musique pour essayer de s’en sortir.


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