CINEMA // 2 docus à ne pas manquer

Le cinéma a toujours travaillé sur la mémoire de l’humanité mais les films sont aussi là pour faire et défaire l’histoire à coup de hache. C’est le cas des deux documentaires, L’homme-fumée de Vincent Gérard et Cédric Laty et 10949 femmes de Nassima Gessoum, qui interrogent la petite et la grande histoire à l’aune du vécu des personnages.

L'homme-fumée, de Cédric Laty et Vincent Gérard (2016)Au départ, L’homme-fumée devait être une fiction se déroulant à Pernand Vergelesses, village atypique de Bourgogne au charme particulier. Quand les réalisateurs découvrent l’histoire mouvementée (soulèvement des habitants contre les gros propriétaires) et artistique (accueil de la troupe théâtrale de Jacques Copeau), ils décident d’en faire un documentaire mettant en scène un faux ethnologue. Tom Joad (personnage inspiré d’un vrai ethnologue) arpente le village à la découverte de ses habitants pour les interroger sur leur passé de « révolutionnaires » mais surtout sur leur présent et leur futur. Le film livre ainsi des moments cocasses et parfois émouvants qui mettent en lumière le vieillissement de certaines de nos contrées.

Le film, en noir et blanc (avec une musique envahissante par moment), joue sur le décalage entre cet intrus aux questions parfois étranges et ces hommes et ces femmes qui ne se parlent presque plus, confinés dans leur campagne et leurs habitudes. Contrepoint du film Les habitants de Raymond Depardon parti à la rencontre des provinciaux, L’homme-fumée se laisse regarder avec plaisir

10949 femmes de Nassima Guessoum (2016)Nassima Guessoum, franco-algérienne, ne connaissait que la version officielle de la guerre d’Algérie. Sa rencontre avec Nassima Hablal lui a permis de mettre un visage sur les oubliés de cette guerre d’indépendance. 10949 femmes fait référence au nombre officiel, donné par le gouvernement algérien, de combattantes algériennes lors de la guerre de libération.

La réalisatrice s’est rendue chaque année chez Nassima Hablal afin que celle-ci lui parle de son parcours. Elle fut l’une des premières militantes pour l’indépendance de l’Algérie. Membre de l’Association des Femmes Musulmanes d’Algérie (AFMA), branche féminine de Parti du Peuple Algérien (PPA), elle participe à l’organisation d’événements culturels patriotiques avant de devenir secrétaire du Comité de coordination et d’exécution du FLN (Front de Libération Nationale) et de contribuer aux journaux El Moudjahid et L’Ouvrier algérien.

Le film est passionnant à plus d’un titre. Cette liberté de parole est tellement rare en Algérie que la projection du film a beaucoup gêné les dirigeants du pays. Il met aussi en lumière le peu de considération du gouvernement pour ces milliers de femmes ayant combattu pour l’indépendance et qui se retrouvent aujourd’hui dans la misère. Bref, un film émouvant à la gloire des femmes libres.

Salih B.

L’homme-fumée, documentaire français de Vincent Gérard, Cédric Laty (4 mai 2016)

10949 femmes, documentaire franco-algérien de Nassima Guessoum (27 avril 2016)

PS (séance de rattrapage) : malgré la vigilance de la Revue Bancal, il arrive que l’on rate un grand film parmi la dizaine de sorties hebdomadaires mais certaines salles, comme L’Archipel à Paris, permettent de se rattraper. Suite armoricaine de Pascale Breton, sorti en mars, est un film qui se déguste. Françoise (Valérie Dréville), enseignante en histoire de l’art, revient donner des cours à Rennes, ville de sa jeunesse. Elle fait la connaissance de Ion (Kaou Langoët), un de ses étudiants, dont elle partage un passé commun. Les retrouvailles avec sa ville feront resurgir les fantômes du passé… Le film est magnifiquement mis en scène. Pascale Breton interrompt la narration par des va-et-vient pour mieux dépeindre la dérive de l’héroïne. Si le film nous enchante, il le doit aussi à Valérie Dréville, grande comédienne de théâtre, qui trouve là son premier grand rôle au cinéma.


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