CINE // Fuocoammare, par delà Lampedusa

Depuis le superbe documentaire La mécanique des flux de Nathalie Loubeyre, plusieurs films sur les réfugiés se sont succédé. Le film Fuocoammare, par-delà Lampedusa de Gianfranco Rosi (Ours d’or à Berlin cette année) sera sans aucun doute une référence incontournable sur le sujet.

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Samuele, 12 ans, vit sur une île au milieu de la mer. Il va à l’école, adore tirer et chasser avec sa fronde. Son île n’est pas une île comme les autres ; cette île s’appelle Lampedusa, une frontière hautement symbolique de l’Europe, traversée ces vingt dernières années par des milliers de migrants en quête de liberté.

A la première séquence du film, on suit Samuele jouant avec son chien puis on passe, sans transition, à une image de radio-émetteurs sur le bateau des garde-côtes accompagnée d’un dialogue off entre le capitaine et un bateau de migrants. On naviguera tout le long du film entre ces deux points de vue, deux extrêmes d’une même réalité qui ne se rencontrent jamais.

Le réalisateur dit que « Lampedusa peut paraître vide. Tout est vu à travers un enfant, un docteur et un DJ de la radio locale. Mais ce vide que je crée en me concentrant sur quelques personnages les relie entre eux comme le blanc qui sépare deux notes sur une partition, ce silence qui est aussi important que le son lui-même… » Les habitants ne croisent jamais les migrants comme s’ils incarnaient la mort, celle qui rôde près de leurs rivages. Seul le personnage du docteur fait le lien entre les migrants et le reste de l’île. En soignant du mieux qu’il peut ces réfugiés, le médecin donne le maximum d’humanité à sa mission. Et lorsqu’il livre ses désillusions face caméra, c’est toute la détresse et la peine des européens anonymes qui nous sont données à voir.

Fuocoammare, par-delà Lampedusa est une œuvre artistique avant d’être un film engagé. Gianfranco Rosi fait de vrais choix de mise en scène, comme les plans des migrants sous les couvertures de survie ou la très belle séquence sous-marine. La lumière du film, magnifique, soigne les gris et les noirs pour créer une atmosphère particulière rendant la ville de Lampedusa blafarde et vide, comme abandonnée à son triste sort.

Le réalisateur, malgré sa volonté d’éviter les images chocs, nous livrent tout de même quelques plans insoutenables. Il y a des regards, des corps qui vous tétanisent et vous poursuivent pour longtemps.

Salih B.

Fuocoammare, par-delà Lampedusa, documentaire franco-italien de Gianfranco Rosi, (28 septembre 2016)

PS. : Soy Nero est un film rare sur un sujet jamais traité à savoir le « Dreamer act » (tout étranger qui s’engage dans l’armée américaine peut postuler à une Green Card). Nero, jeune mexicain, déporté au Mexique alors qu’il est né à Los Angeles, veut retourner aux USA pour redevenir américain. Il passe la frontière en clandestin avant de finir soldat américain en Asie pour obtenir la Green Card. Ce chemin de croix va se faire dans la douleur… Le réalisateur Rafi Pitts, iranien vivant aux USA, connaît bien le sort des immigrés puisqu’il est lui-même en exil depuis 2008. Un film très juste et émouvant.


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