CINE // Crosswind

Dédié aux Estoniens déportés en Sibérie durant la Seconde Guerre mondiale, le film « Crosswind » procure au spectateur une expérience visuelle unique, à travers une esthétique et une mise en scène particulièrement efficaces pour dénoncer l’horreur des purges staliniennes.

Crosswind, la croisée des ventsJuin 1941, les familles estoniennes sont emmenées de force en Sibérie, sur ordre de Staline. Le film se concentre sur une famille, dont la mère et la fille sont envoyées loin de leur mari et père. Durant 15 ans, Erna écrit à son mari pour lui raconter son quotidien, ses peurs, sa souffrance et sa solitude, sans jamais perdre l’espoir de le retrouver.

La quasi-totalité du film est composée de portraits figés et de plans fixes en noir et blanc, d’une beauté saisissante. Ici c’est la caméra qui se déplace au sein des décors composés comme des tableaux, s’immisçant entre les personnages immobiles, frappés de mutisme. Cette mise en scène surprenante entraîne le spectateur au coeur du film presque aussi efficacement qu’une séance en 3D. Il est emporté avec les familles sur les carrioles qui les éloignent de leur maison, voyage dans les trains qui les conduisent en Sibérie, vit dans les baraquements sordides où elles sont parquées.

Ce procédé de plan fixe n’est utilisé que pour mettre en scène la période de déportation comme si, pour toutes ces familles détruites, le temps s’était arrêté, suspendant leur existence, figeant l’énergie vitale qui les animait. Les visages immobiles des personnages aux regards effarés illustrent parfaitement la tragédie des événements et l’absurdité sans nom dont ils furent victimes. A son tour, le spectateur reste hagard et hébété devant tant d’horreurs et de folie. En le forçant à anticiper sans cesse la scène suivante, le réalisateur oblige le spectateur à regarder la réalité crue des événements.

L’effet hypnotique des plans fixes est renforcée par la voix-off, lancinante et envoutante, qui lit les lettres de l’héroïne. C’est une histoire d’amour poignante et bouleversante qui nous est contée, une histoire brisée par le régime stalinien. Certes, il y a beaucoup de pathos et de violons dans ce film, mais de ceux qui font frissonner et pleurer. Pleurer de rage en comprenant que seules les âmes du couple se retrouveront à « la croisée des vents ».

Céline.

Crosswind, la croisée des vents, drame estonien de Martti Helde, avec Laura Peterson, Mirt Preegel, Ingrid Isotamm (mars 2015)

Suggestion de lecture :

Le météorologue, d’Olivier Rolin, Editions Le Seuil/Paulsen (2014)


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