FESTIVAL // Summer of loge #1

Pour cette première semaine du Summer, deux formes aux esthétiques et aux propos radicalement différents. Cette co-existence aux antipodes amène le spectateur à s’interroger sur ses propres désirs de spectacle, à oublier le détail pour ne retenir de cette mise en présence que l’essentiel de chaque geste.

Summer of Loge, Thésée trou du cul

#1 Voyage aux antipodes – fatal hymen et balade cosmique. Avec Thésée trou du culte nous sommes conviés à assister au mariage forcé de Phèdre : sur le  plateau éclairé à pleins feux, des bancs positionnés de manière labyrinthique. Dès notre entrée, les comédiens nous saluent depuis les gradins, tous vêtus d’un T-shirt « just a smily girl ». Après que le metteur en scène, Matthias Claeys nous a retracé rapidement les prolégomènes du mythe de Thésée, le jeu s’instaure dans un mode semi-fictionnel, construit sur une base d’improvisations: quatre comédiennes et un comédien déambulent autour de nous, nous prennent à partie et nous entraînent de manière humoristique et cruelle dans un rituel initiatique qui conduira la victime plus ou moins consentante à sa nuit de noces – traversant tous les clichés d’un mariage à propos duquel tous ont à dire, hormis la future épouse.

Choix de la mariée, auscultation de son physique, questionnaire sur sa virginité, préparation à la cérémonie et à la nuit de noces… Deux scènes fictionnelles ponctuent cette improvisation cadrée, l’une mettant en scène la discours d’une mère à sa fille, à l’occasion de ses premières règles, l’autre donnant à entendre la diatribe d’Ariane contre Thésée. La projection d’un texte final nous interroge sur les sources du drame au sein du mythe de Phèdre, et rappelle que l’amoureuse coupable du fils de Thésée est avant tout une jeune fille menée contre son gré  à de funestes épousailles.

La proposition de la Cie MKCD soulève de nombreuses questions quant à la possibilité d’analyser les conditions de la domination féminine par la réactualisation du mythe – car elle travaille sur une  ambiguïté : le simulacre du mariage de Phèdre est joué au présent de la représentation par des acteurs s’appelant par leur prénom, dans un contexte contemporain. S’agit-il alors de s’interroger sur l’aliénation des contemporaines de Marion (actrice jouant le rôle de la mariée) sur les contraintes sociales qui pèsent sur elles, ou de s’essayer à un exercice de transposition historico-mythologique ? Il est certain qu’aujourd’hui de nombreuses femmes continuent d’être mariées de force et de se voir exiger la virginité, mais la question des assignations pesant sur les femmes se pose également à d’autres degrés.

Le recours aux clichés dans les scènes semi-fictionnelles est ici utilisé afin de questionner les acteurs sur leurs endroits d’accords et de désaccords, pour créer un espace fluctuant d’interrogation sur ce dont chacun est porteur, ce qui nous a été transmis et qui reste tenace, ce que l’on dit pour rire – mais que l’on dit quand même…

Si les codes de jeu ne nous permettent pas toujours de percevoir cet endroit de trouble, les adresses au public (et nos réponses) nous obligent à nous approprier ce questionnement. Notamment quand les invités sont sollicités pour participer aux enchères de la jarretière ou pour répondre à une comédienne quand, suite au récit d’une anecdote où un homme lui avait proposé une relation sexuelle tarifée, celle-ci vient demander à plusieurs d’entre nous « A combien vous vous évalueriez ? » – question vertigineuse s’il en est …

Changement de plateau – et nous voici plongés dans l’univers en apesanteur d’Antennae – cette fois, retour à une configuration frontale, à un plateau plongé dans l’obscurité, où trois actrices et un acteur nous entraînent dans une promenade poético-cosmique, oscillant entre l’infiniment petit et l’infiniment grand. Ces quatre nous regardent, face à nous dans le silence profond. Noir, bleu, or, les couleurs d’une nuit. Nuno, Aude, Floriane et Alice : quatre propositions et un final à la fusion de ces galaxies intimes. Où l’on commence par « tomber vers le haut », pour se laisser guider par une construction qui fait la part belle aux rêves, aux souvenirs et à l’imaginaire de chaque interprète.

Tour à tour, chacun se présente, nous livre une histoire et un geste théâtral le liant au cosmos. Dans un rapport organique et musical, en compagnie de ces singularités flottantes, nous assistons au chant de la mort d’Isolde, à une chorégraphie solitaire interrogeant la possibilité de rencontre entre les êtres, à la traversée d’un cosmonaute, à des souvenirs d’éclipses et d’angoisses apocalyptiques en colonie de poney, à un hymne ondulatoire à l’univers interprété par un thérémine arrangé – où la musique s’improvise au passage d’une main : comment créer du son en faisant vibrer le rien, pour « dépasser les contingences physiques de l’espace ».

« Il y beaucoup de noir » dit Alice. Au sein d’une création lumière très subtile, c’est l’obscurité qui relie et unifie cet univers au croisement de multiples références, de Melancholia à Abba, de Conchita Wurst à David Bowie –  Deux galaxies NGC 4038 et NGC 4039 se sont croisées tout là haut pour former Antennae – quatre comédiens ici se sont croisent pour inventer la leur, et inviter le spectateur à la rêverie. Il restera au sol quelques pages de partition, quelques photos absurdes, bouts de vie, fragments de rêve, à partir desquels chacun est libre de chercher son endroit d’appartenance au grand Tout.

Collectif Open Source

Summer of Loge Dimanche 12 juillet – 15h « Au cœur du réacteur » :une rencontre-discussion avec les équipes artistiques du Summer of Loge sera animée par le Collectif Open Source. Entrée libre.


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