OUTSIDER ART FAIR // Humeur

L’Outsider Art Fair de Paris 2013 : art brut et accueil brutal…

Dimanche, je me suis rendue, avec entrain, à l’Outsider Art Fair de Paris – la première exportation à l’étranger de l’Outsider Art Fair de New-York – autrement dit la foire de l’art brut qui réunissait 24 galeries (américaines, anglaises, suisses, belges, italiennes, françaises, etc.) en plein coeur de Paris.

Welcome ! Bienvenue ! m’a-t-on annoncé après m’avoir soulagée de 15 euros. Le lieu est classieux, il s’agit de l’hôtel le A, rue d’Artois – j’aurais dû me parer de mes plus beaux habits pour l’occasion, mais bon c’était dimanche et le dimanche, j’aime bien être à l’aise. Bref je commence ma visite un peu émerveillée quand même, le principe a quelque chose de sympathique, de suffisamment décalé pour m’interpeller : chaque galerie expose dans une chambre ou une suite de l’hôtel.

© Raymond Materson

Dans la première chambre, une charmante Américaine nous explique, passionnée, l’histoire de l’artiste Raymond Materson qui, alors qu’il est incarcéré pour usage de drogues, se met à broder dans sa cellule des écussons avec … les fils de ses chaussettes ; ces écussons prennent alors une nouvelle épaisseur, je les regarde avec plus d’attention et m’émerveille devant l’agilité de l’artiste. Mais cette bonne impression s’estompe au cours de mon ascension, de chambre en chambre, d’étage en étage, un autre constat s’impose alors et laisse planer sur ma visite un nuage de contrariété : le lieu, peut-être était-il trop évident que je n’allais rien acheter, ne me semble pas propice au questionnement : « je ne sais pas trop, il aime la musique », nous répond vaguement une galeriste quand on l’interroge sur le rapport qu’entretient Melvin Way avec la science (Melvin Way noircit des bouts de papier de formules chimiques ou mathématiques).

© Melvin Way

Le lieu, malgré les apparences, n’est pas centré sur les œuvres qu’il abrite ou le message des artistes, mais – et peut-être est-ce dû à l’exiguïté de l’endroit (il est en effet difficile de circuler à plusieurs dans la chambre quand le lit en occupe la majeure partie) – sur les personnes qui l’animent. La présence des galeristes un peu hostiles, souvent fermés, se fait pesante. Dans la pièce où les œuvres de Marie Barnes, artiste qui soigne ses psychoses à coups de pinceau, sont exposées, je n’ose pas déranger le galeriste, tellement absorbé par son téléphone que je ne suis même pas sûre qu’il ait remarqué notre présence. Au troisième étage, un galeriste se plaint cette fois – auprès d’un acheteur potentiel ? d’un autre galeriste ? – du manque d’intérêt de ce type de manifestations qui rameute des non-initiés. Des non-initiés ? Non mais sans blagues ! Manquerait plus qu’ils posent des questions !  Et  puis, parfois cette impression de déranger, d’entrer dans l’intimité d’une chambre sans y avoir vraiment été invité, celui-ci mange, cet autre commande une bière, ces deux conversent à voix basse…

En sortant, mon enthousiasme est quelque peu entamé malgré les belles choses que j’ai pu voir. J’avais ignoré une  dimension de l’événement, celle de foire, à prendre dans sa définition stricte : « grand marché spécialisé dans la vente d’un produit particulier, ou dans l’exposition et la vente de bestiaux »¹. J’étais venue découvrir de nouvelles figures de l’art brut, pour ça il me faudra attendre d’être de retour chez moi et d’interroger … Internet pour connaitre la vie des artistes ainsi que le contexte de création, éléments nécessaires à la compréhension de l’œuvre : « une des caractéristiques les plus frappantes de l’art outsider est sa tendance générale à présenter le monde en termes transcendants ou métaphysiques. Les artistes développent presque invariablement une cosmogonie structurée qui étaye la « réalité » de leur monde, bien que le spectateur n’ait toujours pas accès au langage qui l’articule. » (Colin Rhodes, dans L’art outsider). Non ici, l’art est un objet de commerce. Ni plus ni moins. Et c’est bien dommage ! Je suis rentrée chez moi un peu triste, avec la vague impression d’avoir passé deux heures dans un centre commercial…

M.B.

¹ Définition proposée par le Cnrtl http://www.cnrtl.fr

 Suggestions de lecture :

Mary Barnes : un voyage à travers la folie, de Mary Barnes & Joseph Berke, Editions du Seuil (1976)

L’art outsider, Art brut et création hors normes au XXéme siècle, de Colin Rhodes, Thames & Hudson (2001)

 


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